No Billag: «Vouloir parier sur un autre modèle économique est une pure utopie»

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Flavia Giovannelli
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Interview de Pascal Crittin, Directeur de la RTS

En cas d’acceptation de l’initiative No Billag, il n’y aura pas de plan B. Pensez-vous que le public soit suffisamment informé de ce risque?

Une partie du public n’est pas encore convaincue que l’initiative met en danger la SSR et les radios-TV régionales. La situation est pourtant simple et le texte de l’initiative sans ambiguïté. Aucune entreprise qui perd trois quarts de ses moyens ne parvient à se retourner en neuf mois, surtout pas dans le domaine, déjà en crise, des médias et de la publicité. A mon avis, annoncer, comme les partisans de l’initiative, qu’il suffit de parier sur des abonnements en masse et sur la publicité est une pure utopie. Ce qui marche avec la pay-TV, c’est le sport, les séries et le sexe, mais pas la culture ni l’information. Et encore, cela fonctionne sur des marchés plus grands que la Suisse, avec des offres amorties à l’échelle internationale. Pour ce qui est de la publicité, les partisans de l’initiative rêvent les yeux grands ouverts. Avec trois quarts de moyens en moins, on ne peut plus produire la même offre. Elle n’a plus la même attractivité et les revenus publicitaires s’effondrent. Moins de publicité, c’est moins de moyens pour produire les émissions. Un cercle infernal. En résumé, il n’y a pas de plan B crédible, surtout dans un petit marché fragmenté comme la Suisse.

Que deviendraient les emplois des collaborateurs de la SSR et, à Genève, la tour de la RTS?

La SSR devrait liquider l’entreprise et vendre l’ensemble de son patrimoine. Ce qui servirait notamment à financer le plan social des six mille collaborateurs et à honorer au mieux les engagements de l’entreprise, par exemple vis-à-vis de ses fournisseurs. Je rappelle que selon des études indépendantes, plus de sept mille cinq cents emplois indirects seraient également touchés par une disparition du service public, sans parler de nombreux festivals et événements sportifs et culturels.

Côté programmes, les Suisses devraient donc se contenter d’une offre privée. Est-ce réellement un risque pour la démocratie?

La SSR investit près de 40% de son budget dans l’information. Ce ne sera jamais le cas d’une radio-TV commerciale vouée à la rentabilité. Quant à une chaîne financée par des groupes d’intérêts politiques, ce n’est pas la meilleure garantie d’une information de qualité. Le mandat de service public exige de faire entendre tous les points de vue pour que le public puisse forger son opinion et de traiter l’actualité de toutes les régions et de tous les cantons, même les plus petits. Or, No Billag veut supprimer cette exigence de la Constitution.

Pourriez-vous préciser quelles seraient les retombées concernant la tenue de manifestations?

Les conséquences seraient certainement graves pour de nombreux événements et festivals en Suisse. La SSR capte les principaux événements sportifs suisses (Athletissima, Weltklasse, Tour de Romandie, Tour de Suisse, Grand Raid, etc.) ou ayant lieu en Suisse (Lauber-horn, coupe du monde de ski à Crans-Montana par exemple). La qualité de ses réalisations est mondialement reconnue, raison pour laquelle la SSR est mandatée par le CIO pour filmer les compétitions de ski aux Jeux olympiques, par exemple. Sans la redevance, ces productions coûteuses nécessitant un savoir-faire de pointe ne seraient certainement plus possibles. Ces compétitions perdraient leur attractivité ou disparaîtraient.

Plusieurs festivals ont également besoin de la SSR pour exister et pour rayonner en Suisse et dans le monde. Selon le type ou la taille de la manifestation, la SSR investit beaucoup pour acquérir les droits de diffusion radio-TV en ligne. En contrepartie, nous assurons tout ou partie de la production audiovisuelle de celle-ci. En plus de la diffusion sur nos antennes et bien souvent sur TV5Monde, dont nous sommes partenaires, nous couvrons l’événement de façon indépendante dans nos émissions culturelles ou d’information. Enfin, au fil des années, nous avons constitué avec ces manifestations un patrimoine d’archives audiovisuelles réutilisables. Il s’agit donc bien d’un modèle gagnant-gagnant, dont profite le public en premier lieu et que les événements perdront en cas de disparition de la SSR. Il resterait possible de recourir à des équipes techniques pour produire des images, mais pour les diffuser où?

Que pensez-vous de la mission de service public de la SSR telle qu’elle devra évoluer dans le cadre de la nouvelle concession entrant en vigueur en 2019?

La future concession – actuellement en consultation – recentre l’activité de la SSR sur le cœur du service public pour donner une plus grande place aux médias privés. Elle demande à la SSR de consacrer à l’information 50% de la part de la redevance qui lui est attribuée et de se différencier davantage des chaînes commerciales. Dans le domaine du sport et du divertissement, notamment, la SSR devra coopérer avec les médias privés. Elle devra également partager avec eux les contenus dont elle a les droits (ce qu’elle fait depuis quelques mois). Enfin, la SSR doit évoluer pour répondre aux nouveaux modes de consommation des médias et atteindre tous les publics, en particulier les jeunes. Tout cela avec une part de redevance plafonnée à 1,2 milliard de francs, ce qui nous oblige à réaliser au moins cinquante millions d’économies dès 2019.

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