«Faisons passer la balle jaune au vert!»

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Jérémy Stanning
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Depuis la mi-novembre 2017, l’Association Régionale Genève Tennis (ARGT) a lancé une opération visant à récupérer les balles usagées dans les clubs de la région, afin de leur donner une deuxième vie. Rencontre avec Christiane Jolissaint et Aline Yazgi, les deux membres du comité derrière l’initiative.

Libéré de son carcan de sport élitiste depuis plusieurs années, le tennis est devenu l’un des sports les plus populaires en Suisse. À Genève, l’Association Régionale Genève Tennis (ARGT) chapeaute tous les clubs de tennis du canton, soit trente-trois clubs pour deux cent quatre terrains. Toutes catégories confondues, l’ARGT encadre quelques vingtmille membres, ce qui en fait la deuxième association sportive du canton. Forcément, tous ces joueurs ont besoin de nombreuses balles pour travailler revers liftés et services slicés: à lui seul, le Tennis Club de Genève Eaux-Vives utilise un minimum de six mille balles par année. Autant de balles qui finiront tôt ou tard à la poubelle.

C’est là que le projet «Faisons passer la balle jaune au vert» entre en jeu. «L’idée de récupérer les balles de tennis usagées nous a été soufflée par un président de club, qui, devant notre intérêt, nous a mis en relation avec l’entreprise Serbeco», confie Christiane Jolissaint, vice-présidente de l’association et responsable du mouvement junior. «Nous savions qu’il existait des actions de récupération dans d’autres pays, notamment l’Opération Balle Jaune de la Fédération Française de Tennis (FFT - ndlr)», précise Aline Yazgi, responsable de la communication au sein de l’ARGT.«Dans ce cas, le caoutchouc des balles est recyclé dans les sols de places de jeux et de terrains de sport. Après nous être penchés sur la question, nous avons réalisé qu’il n’y avait pas de besoins criants en terrains de jeux à Genève. C’est pourquoi nous avons cherché d’autres solutions, histoire de ne pas avoir ce que l’on pourrait appeler une fausse bonne idée.»

De la balle de tennis au sac de ciment

La vraie bonne idée, c’est d’utiliser les balles comme combustibles pour la cimenterie d’Éclépens, dans le canton de Vaud. A première vue, la combustion ne semble pas être la solution la plus écologique: quelle différence avec une usine d’incinération classique? Réponse: la température de combustion. De huit cents degrés environ pour une usine classique, on passe à deux mille degrés pour le four permetd’une cimenterie lors du processus de calcination. «Les balles de tennis ont l’avantage de très bien brûler à haute température, sans rejeter de produits néfastes. Elles servent de combustible de substitution, ce qui permet de réduire dans la même proportion l’utilisation de combustibles fossiles non renouvelables.

Leur valorisation dans la production de ciment permet ainsi de réduire d’autant les émissions globales de gaz à effet de serre, responsable du réchauffement climatique. Contrairement au projet mis en place par la FFT, nous valorisons toute la balle, y compris la feutrine, pas uniquement le coeur en caoutchouc. Quant au choix de la cimenterie, nous avons opté pour l’infrastructure la plus proche, afin de limiter le bilan carbone lors du transport», explique Christiane Jolissaint.

L’organisation en amont est simple et efficace: dans chaque club participant, des sacs-poubelle spécifiques et leurs supports sont installés afin de récupérer les balles usagées. Ces sacs sont vendus au prix unitaire de 17,20 francs, un prix qui inclut la prestation de Serbeco (les trois premiers sacs, ainsi que la moitié du prix du support sont offerts par l’Association Genève Tennis, qui veut ainsi encourager les clubs à entreprendre cette démarche de développement durable). L’entreprise de valorisation des déchets collecte les sacs pleins, les rapatrie sur son site et déchiquète les balles avant de les envoyer à la cimenterie.

Sur les trente-trois clubs du canton, une dizaine a accepté de tenter l’aventure. Christiane Jolissaint tempère ce résultat. «Le projet a vu le jour en novembre et, durant cette période, beaucoup de clubs sont fermés, faute de terrains couverts. Nous retenons surtout que les clubs les plus importants nous ont suivis: Genève, Carouge, Meyrin, Champel, Versoix, Onex, pour ne citer qu’eux, ce qui est encourageant. Le projet va sans doute continuer à croître dans les mois qui viennent», conclut la vice-présidente.

Relève tennistique et professionnelle

Le projet «Faisons passer la balle jaune au vert» se veut également conscient et engagé sur le plan social. Pour ce faire, l’ARGT a fait appel aux étudiants d’Espace Entreprise, le Centre de formation professionnelle à la pratique commerciale, rattaché au Département de l’instruction publique. Aline Yazgi précise: «Nous avons rencontré leurs formatrices et une douzaine de jeunes très motivés, dont certains nous ont proposé de façon proactive leurs idées, à l’image d’une planche de bande dessinée pour expliquer le projet aux plus jeunes.

Ces étudiants se sont occupés de la communication du projet, notamment du logo de la balle ou de la mise en page de la fiche fixée au-dessus des supports. Ce sont eux également qui vont présenter le projet dans les clubs et ce sont eux qui iront dans quelques mois obtenir un retour des clubs participants. Sans oublier de demander à ceux qui ne font pas partie du projet les raisons pour lesquelles ils n’ont pas souhaité se lancer». Nul doute que devant tant de bonne volonté, même les plus réfractaires auront tôt fait de s’engager!


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