"Grève" féminine: l'affaire de tous, vraiment?

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Flavia Giovannelli

Alors que la «grève des femmes» se rapproche, quelques voix discordantes se font entendre. Précisons d’abord qu’il est difficile de contester la légitimité de cette cause. Depuis l’inscription du principe de l’égalité dans la Constitution en 1981, sa mise en application s’avère lente sur plusieurs points. L’idée de proposer diverses actions de sensibilisation le 14 juin prochain paraît donc justifiée.

Malheureusement, les organisatrices ont commis une première maladresse en ce qui concerne la formulation. Ainsi, le flyer de l’appel à la manifestation précise que celle-ci s’adresse à toutes les femmes et aux personnes qui ne sont pas des «hommes cisgenres». Autrement dit, ces derniers ne sont pas les bienvenus. En effet, l’adjectif cisgenre, qui n’est peut-être pas familier à tout le monde, se rapporte à ceux «dont le ressenti correspond au sexe attribué à la naissance». C’est donc juste un qualificatif de l’homme lambda, notamment les pères ou les maris. Pour eux, c’est du balai! Au sens propre, d’ailleurs, puisque les organisatrices précisent que les sympathisants à ce mouvement pourront se rendre utiles en effectuant des tâches domestiques, ce jour-là, plutôt que de rejoindre le cortège. Or, cette approche qui divise est regrettable, car il paraît difficile de faire avancer une cause en répétant de vieux schémas. Lorsque l’on vise l’égalité, il serait bon d’inclure le plus de monde possible. Là, c’est tout le contraire dont il s’agit, puisque l’option prise contribue à créer toujours plus de catégories selon des critères parfois douteux.

Parallèlement à cela, le déroulement de cette journée pose aussi d’autres questions pratiques. Par exemple, plusieurs crèches seront contraintes de fermer leurs portes ce jour-là, faute d’effectifs suffisants, surtout en Ville de Genève, car l’Exécutif a décidé de donner un congé exclusivement aux femmes. Par conséquent, les mères, dont les enfants vont dans ces crèches et qui auraient voulu participer à la manifestation, devront se débrouiller pour trouver une solution de garde. C’est embêtant, lorsque l’on sait que l’un des principaux écueils pour les femmes qui travaillent est le manque de places dans ces structures d’accueil de la petite enfance. Là, encore le message envoyé à la population est peu habile.

En résumé, dans cette journée d’action du 14 juin, c’est bien le format qui refroidit un peu. Espérons au moins que le soleil ne fasse pas grève, lui!


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