20 ans de l'euro: le solde des comptes

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Maurice Satineau
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Janvier 2019 marque les vingt ans de la monnaie unique européenne avant l’apparition des pièces et billets en 2002. Ce n’est pas qu’une question de tiroir-caisse.

Au-delà de son adjectif unique, cette devise est clivante tout au long de son histoire. Du point de vue politique et psychologique, l’euro a coupé l’Europe en deux, le camp des vertueux qui suivaient les règles inscrites dans les traités et ceux qui ne les suivaient pas. L’évolution conjoncturelle a fait que pratiquement tous les pays membres ont un jour transgressé le 3% de déficit public annuel de PIB ou le 60% d’endettement, voire les deux à la fois. Il y a eu le camp de ceux capables de redresser la barre et de ceux qui n’y parviennent toujours pas. On doit en plus mentionner les nations qui ont ajouté un paragraphe au traité pour préciser qu’elles ne voudraient jamais de cet argent-là.

Pas d'accord

En 2019, les dirigeants des dixneuf pays membres essaient de s’entendre sur la création d’un vrai budget pour la zone, la nomination d’un vrai représentant commun, y compris dans les instances financières internationales, sans oublier la création d’un vrai système d’assurance collective des dépôts bancaires. Aucun de ces dossiers ne fait l’unanimité parmi les capitales concernées. Et même si un accord surgissait, trop formaliser la zone euro sur le continent reviendrait à diviser les vingt-huit (bientôt vingt-sept) membres de l’Union européenne.

Il faut se reporter aux débats autour du traité de Maastricht en 1992 et à ceux ayant entouré la création opérationnelle de l’euro sous forme scripturale en 1999. L’Allemagne et la France y étaient largement favorables. Et puis il y eut les chiffres gravés dans le marbre: un euro égale 1,95583 mark allemand et 6,55957 francs français. En une génération, Berlin a finalement accumulé beaucoup d’excédents, notamment commerciaux, tandis que, symétriquement, Paris alignait les déficits de toutes sortes. La politique monétaire de la Banque Centrale Européenne fut saluée dans un cas et critiqué dans l’autre.

Billets distants

L’euro englobe trois cent quarante millions de personnes et plus de 85% du produit intérieur brut de l’Union. Mais est-ce vraiment une monnaie commune? Aux Etats-Unis d’Amérique ou dans la Confédération suisse, personne ne songe vraiment à contester le dollar ou le franc suisse. Ils sont associés à une communauté qui dépasse les simples comptes monétaires. Sur le Vieux Continent, un Espagnol, un Italien, un Français ou un Belge perçoivent la monnaie comme étant européenne. Il y a encore une sorte de distance entre le citoyen et ses billets, à tel point que les banques françaises indiquent toujours discrètement la contrepartie en «francs-qui-n’existent-plus» sur les relevés de comptes de leurs clients.

Au-delà de ses incontestables succès comme deuxième monnaie de réserve du monde et dans l’amortissement des chocs de taux de change pour l’économie européenne, la monnaie unique est ressentie davantage comme une fatalité que comme un outil moderne. Elle serait l’origine de la hausse des prix et on ne pourrait pas la

quitter à cause de la dette libellée en euros. Or, de nos jours, cette devise se replace dans un contexte plus large: vingt ans de mondialisation ont rendu encore plus souhaitable d’atténuer l’hégémonie du dollar et de contrer la puissance naissante de la devise chinoise. Mais cela n’est possible qu’avec un socle de règles communes européennes respectées par tous. Pour la zone euro, l’enjeu est de consolider sa crédibilité technique par le respect de ses choix politiques. Cela revient à essayer de marier consensus et hétérogénéité, ambition et solidarité. Derrière les questions compliquées de masse monétaire et de taux d’intérêt, il y a une comptabilité de l’esprit européen.


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