Aide sociales: les différences cantonales interpellent!

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Marie-Hélène Miauton
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La proximité de la France, pays particulièrement généreux en aides sociales de toutes sortes (au point que cela en devient illisible) donne aux Suisses l’impression que leur propre pays est pingre en la matière. Cette idée est contredite par les chiffres: en effet, les aides ciblées atteignent la somme de 856 euros par habitant en 2016, alors qu’elles se montent à 983 francs en Suisse en 2018. Il est vrai que, depuis plus de dix ans, les dépenses sociales n’ont fait qu’augmenter en Suisse, et cela dans des proportions étonnantes, alors qu’elles sont restées assez stables en France.

Oublions les comparaisons et concentrons-nous sur la situation helvétique. En décembre 2019, l’Office fédéral de la statistique (OFS) livrait les données de l’année 2018, dont la teneur est la suivante. Cette année-là, 9,5% de la population (807 000 personnes) a reçu une aide sociale, dont 46% une prestation complémentaire à l’AVS/AI, 34% une aide sociale économique, et 20% une ou plusieurs autres prestations (aides à la famille, avances sur pensions alimentaires, aides au logement, aides aux personnes âgées/invalides et aides aux chômeurs). Les personnes de nationalité suisse en composent presque la moitié, les autres étant des étrangers au bénéfice d’un permis ou des réfugiés admis provisoirement ou en attente d’une décision. Dix ans auparavant, en 2008, le taux des bénéficiaires par rapport à la population était de 8,5%, soit sensiblement moins. Pour parler des aspects financiers, le montant total des aides sociales s’élevait à 5,9 milliards de francs en 2008 et à 8,4 milliards en 2018, soit une augmentation de 42%, et cela dans un contexte d’inflation réduite ou nulle! Bien sûr, la population a augmenté durant ce laps de temps, mais évidemment pas dans de telles proportions. C’est donc surtout le nombre des bénéficiaires et le montant des aides qui ont pris l’ascenseur.

Péréquation fédérale

Tous les cantons ne sont pas logés à la même enseigne. Si la moyenne nationale des aides sociales par habitant s’élève à 983 francs, le minima national est de 355 francs dans le canton d’Appenzell-Rhodes Intérieures, mais atteint le chiffre imposant de 2074 francs à Bâle-Ville et de 1741 francs à Genève. On ne s’étonnera guère que ces deux cantons-villes, frontaliers de surcroît, comptent plus d’étrangers et plus de personnes fragilisées. Il est cependant problématique que quatre cantons romands pointent aux places les plus chères puisque, outre Genève, Neuchâtel (1235 francs/hab.) ou Vaud (1317 francs/hab.) sont largement au-dessus de la moyenne suisse et le Jura pile dessus. Heureusement que Fribourg et le Valais, cantons bilingues, se situent bien audessous, comme de nombreux cantons alémaniques. Sachant combien les chiffres sont difficiles à entendre, je me permets d’insister: il ne s’agit pas là du montant moyen versé à chaque bénéficiaire de l’aide sociale, mais bien de la somme que cela représente par tête d’habitant et par an.

En termes d’évolution, si certains cantons ont contenu leurs dépenses, ce n’est pas le cas de Vaud, qui tient le haut du pavé avec un accroissement de 55% en dix ans, suivi par Genève, avec 35%. Ces chiffres sont alarmants, quel que soit le sens qu’on leur donne. Soit la population de ces cantons est toujours plus précarisée, et c’est grave, soit ces cantons sont trop généreux, et c’est également problématique. N’oublions pas que le système de péréquation fédérale répartit la charge des aides sociales sur tous les cantons. En effet, la Confédération soutient financièrement les cantons présentant un «indicateur de pauvreté» supérieur à la moyenne, en se fiant sur le nombre d’habitants très âgés et le nombre d’étrangers. Ainsi, douze cantons se partagent actuellement la somme de deux cent quarante et un millions de francs distribuée par la Confédération au titre de la compensation des charges socio-démographiques. Heureusement, les travaux de consolidation de l’indicateur de pauvreté ont tenté de lisser les paramètres pris en compte, en corrigeant les pratiques disparates des différents cantons qui, chacun, selon l’OFS, «lutte à sa manière contre la pauvreté. Les prestations, les montants et les taux de bénéficiaires varient fortement selon les cantons pour des raisons institutionnelles, démographiques ou économiques.» Il est donc sain que les mécanismes de redistribution fédéraux évitent de faire porter sur les cantons les moins dispendieux l’éventuel excès de générosité des autres.


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