Azote: une sérieuse menace environnementale

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Pierre Cormon
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Indispensable à la vie, l’azote est cependant néfaste pour l’environnement lorsqu’il se trouve en trop grande quantité. Or, les activités humaines ont multiplié les rejets de cette substance, ce qui provoque de nombreuses conséquences négatives. Les rejets de substances azotées engendrés par les activités humaines diminuent la biodiversité en Suisse et représentent un problème pour la santé. La mise en garde émane de scientifiques, de la Confédération et de défenseurs de l’environnement. Indispensable à la vie, l’azote peut se révéler néfaste quand il se trouve en trop grande quantité dans les écosystèmes. Si certaines mesures ont permis de diminuer les rejets dus à la combustion, la Suisse a encore de gros progrès à faire, notamment dans l’agriculture.

L’azote, pourtant, est l’un des éléments les plus répandus sur la planète: il compose 78% de l’air que nous respirons. Mais sous la forme où on l’y trouve (N2), il est inutilisable par les êtres vivants. Enfin, par presque tous: des bactéries apparues il y a 2,5 milliards d’années parviennent à l’absorber et à le fixer sous une forme utilisable – que l’on appelle azote biodisponible. C’est grâce à lui que les végétaux et les animaux ont pu apparaître. Jusqu’à récemment, l’azote biodisponible faisait l’objet d’un cycle fermé. Les bactéries le fixaient, il passait dans le sol où il était utilisé par les plantes, puis par les animaux situés plus haut dans la chaîne alimentaire, avant de retourner dans le sol lorsque les plantes, les animaux et leurs déjections se décomposaient. Quant à l’agriculture préindustrielle, elle restituait aux sols l’azote prélevé essentiellement grâce à la culture de légumineuses. «Elles forment des symbioses avec des bactéries fixatrices d’azote», remarque Daniel Bretscher, collaborateur scientifique à l’Agroscope, l’institut de recherches agricoles de la Confédération.

Dépôts atmosphériques

Le cycle a commencé à être brisé avec la révolution industrielle. Le recours à des énergies fossiles relâche de grandes quantités d’oxydes d’azote dans l’atmosphère. De plus, on a découvert au début du XXème siècle comment fixer l’azote de l’air de manière industrielle pour le rendre utilisable, sous forme d’engrais chimiques fabriqués à partir d’ammoniac. Ces derniers ont permis d’augmenter les rendements agricoles, ce qui a contribué à éloigner la menace de la famine pour la plus grande partie de la population mondiale. Mais les quantités d’azote relâchées dans la nature ont nettement dépassé ce que celle-ci peut absorber.

Les dépôts atmosphériques d’azote biodisponible ont été multipliés par trente-huit en un siècle, affirmait un rapport de la Commission fédérale de l’hygiène de l’air en 2005. «L’engrais tombe littéralement du ciel», commentait Sarah Pearson, alors cheffe de la section Espèces et milieux naturels de l’Office fédéral de l’environnement, dans une publication de 2014. Les effets se manifestent même dans des zones protégées proches de l’état naturel. Avec de nombreuses conséquences. En été, les rejets azotés jouent un rôle dans la formation d’ozone, une substance nocive pour nos poumons. En hiver, ils participent à la formation du smog hivernal, également nocif. Ils contribuent au réchauffement climatique, sous la forme de gaz hilarant, qui a environ trois cent fois plus d’effet que le CO2 sur le réchauffement. Ils diminuent la biodiversité: les plantes les plus gourmandes en azote, peu nombreuses, prennent la place des plantes adaptées aux conditions qui prévalaient jusque-là. Des animaux qui se nourrissaient de ces dernières disparaissent.

En forêt, les sols reçoivent annuellement une dose d’azote biodisponible équivalente à ce que recevaient les terres agricoles du XIXème siècle sous forme d’engrais. Paradoxalement, cela ne renforce pas les arbres, mais les rend moins résistants à cause d’interactions écologiques complexes. Cela favorise en revanche la croissance de ronces, de fougères et de sureaux, qui entravent le déplacement des animaux. Les nitrates (une substance azotée) s’écoulant dans les eaux peuvent entraîner leur eutrophisation (accumulation de nutriments qui conduit à la prolifération de certaines algues - ndlr).

Les rejets de substances azotées suisses aboutissent ainsi en mer Adriatique, en mer Méditerranée et dans la mer du Nord. A l’échelle mondiale, les nitrates ont déjà favorisé la création de plusieurs zones mortes, notamment au large du Golfe du Mexique. Or, on ne connaît aucun exemple de telles zones s’étant régénérées. La Suisse a déjà pris un certain nombre de mesures contre ce fléau. Mais il reste encore beaucoup à faire.


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