Blockchain, la magie du futur

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Mirel Bran
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C’est un mot magique importé de l’anglais dont le sens est assez banal: blockchain veut tout simplement dire «une chaîne de blocs». Plus précisément, il s’agit de blocs d’information sous forme de bits dans votre ordinateur qui contiennent les éléments d’une transaction financière: montant, date et adresse codifiée. Bref, le bitcoin. En dix ans, cette monnaie virtuelle est devenue une légende. Adulé par les uns, détesté par les autres, le bitcoin a déchaîné les passions au point d’obscurcir la technologie qui lui a donné naissance, à savoir la blockchain.

Comprendre le bitcoin est déjà un défi. Comment faire accepter au citoyen lambda qu’il y a des gens qui échangent leurs euros ou leurs dollars contre une forme d’argent virtuel? Comment renoncer à l’argent qui existe pour l’argent qui n’existe pas? «Mieux vaut oiselet en bocage que grand oiseau dans une cage», nous rappelle la sagesse populaire. Le bitcoin a été créé en 2008 par un anonyme auto-intitulé Satoshi Nakamoto, et implanté sur internet sous forme de code en 2009. Cet argent virtuel qui échappe à tout contrôle étatique a été peu à peu adopté par 1% à 2% de la population mondiale, et sa valeur a zigzagué de quelques centimes à vingt mille dollars fin 2017, pour retomber à environ trois mille huit cents dollars fin 2018. La volatilité est le mot d’ordre dans l’univers de la crypto.

Le bitcoin a été la blockchain 1.0, à savoir un registre d’opérations financières cryptées dans des blocs qui s’enchaînent. Imaginez un registre où vous notez les entrées et les sorties d’argent; à la place des feuilles de papier, il y a des blocs d’information reliés les uns aux autres. Le système est fondé sur un code informatique que personne ne peut modifier, ce qui assure l’irréversibilité des opérations. C’est ce caractère irréversible de la blockchain qui donne confiance aux utilisateurs. La confiance n’est plus garantie par une banque ou par un État, mais par un code informatique.

Opérations de plus en plus complexes

Toutefois la technologie de la blockchain 1.0 a ses limites: elle ne permet que des échanges financiers dans le monde virtuel. En 2013, un jeune Canadien d’origine russe âgé de 17 ans, Vitalik Buterin, publiait un livre blanc pour proposer le projet Ethereum, une blockchain 2.0. Son but: briser les limites de la blockchain 1.0 pour ouvrir cette technologie à des milliers d’applications décentralisées. Le bitcoin et l’ether ont attiré un grand nombre d’adeptes, mais la hausse explosive de leur prix s’est retournée contre ces monnaies digitales qui font l’objet d’opérations de manipulation et de spéculation.

Le bitcoin et l’ether souffrent d’un problème structurel: la scalabilité, encore un mot emprunté de l’anglais, c’est-à-dire la capacité d’augmenter et de permettre des opérations de plus en plus complexes. Prenons l’exemple des opérations financières. La blockchain 1.0 du bitcoin permet d’effectuer environ sept opérations par seconde. La blockchain 2.0 de l’ether en permet une vingtaine par seconde. Selon les responsables du système Visa implémenté dans nos cartes bancaires, VisaNet peut effectuer plus de cinquante mille opérations par seconde. C’est ce qui explique pourquoi envoyer du bitcoin d’une adresse à l’autre peut parfois prendre des heures. 

Le début de la révolution technologique

Concurrencer Visa et les cartes bancaires classiques n’est pas une mince affaire. Et c’est là que la blockchain 3.0 entre en jeu. Plusieurs systèmes qui promettent un million d’opérations financières par seconde pour un tarif insignifiant ou même gratuitement arrivent sur le marché. En 2018, la plateforme EOS, qui promet de remplacer l’Ethereum, est devenue opérationnelle. Plusieurs banques sont en train de tester le système Ripple (XRP), qui devrait remplacer le SWIFT. D’autres systèmes blockchain 3.0 sont à l’étude: le réseau Cardano avec sa monnaie ADA, Kyber Network (KNC), Tron (TRX), fondé par le jeune Chinois Justin Sun, ou encore les plateformes chinoises NEO et NEM. Les Chinois promettent que ce n’est que le début d’une révolution technologique qu’ils aimeraient bien contrôler.

 

 

 


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