Digitalisation et emploi

 | Paru dans Newsletter FER Genève  | Auteur : Olivier Sandoz, directeur général adjoint

La digitalisation est un enjeu majeur pour les entreprises et, de façon plus générale, pour la société. C’est d’ailleurs pour cette raison que notre fédération, dont une des missions est de conduire une réflexion continue sur l’évolution de la société, son impact sur les entreprises et le rôle d’une organisation économique et patronale dans ce contexte, a choisi ce thème comme fil conducteur des manifestations organisées en 2018, année de son 90e anniversaire.

Il est très difficile de se faire une idée précise de l’impact de la digitalisation sur le marché du travail. Il existe de nombreuses études qui donnent des prévisions souvent contradictoires. Ainsi, celle publiée en 2016 par le World Economic Forum (WEF) qui prédisait que la 4e révolution industrielle, combinée avec d'autres changements socio-économiques et démographiques, conduira à une perte nette de plus de cinq millions d'emplois ces cinq prochaines années dans les quinze principaux marchés développés et émergents. Globalement, le WEF estimait que 7,1 millions de jobs disparaîtront, et ce en raison de redondances, de l’automatisation des processus et du phénomène de désintermédiation. Ces pertes devraient être partiellement compensées par la création de 2,1 millions d’emplois d'ici à cinq ans, spécialement dans les domaines des mathématiques, de l'informatique et de l'ingénierie. Selon une autre étude réalisée par Frey & Osborne en 2013, ce sont 47% de tous les emplois qui pourraient être remplacés par des ordinateurs ou des algorithmes au cours des dix à vingt prochaines années aux Etats-Unis et dans d’autres pays avancés.

Toujours en 2016, l’OCDE avait rendu un rapport avec des conclusions nettement moins inquiétantes pour l’emploi. En effet, elle estimait que dans ses vingt et un pays membres, 9% des emplois en moyenne sont automatisables. Avec de grosses différences entre les pays. Cette semaine, le WEF a publié une nouvelle étude selon laquelle, d’ici à 2022, les nouvelles technologies vont créer plus d’emplois qu’en détruire, soit 58 millions de plus. Plus précisément, elles pourraient faire disparaître 75 millions d’emplois, mais permettre la création de 133 millions de nouveaux emplois. C’est le principe de destruction créatrice de l’économiste Joseph Schumpeter: l’automatisation demande de nouvelles compétences. Pour illustrer ce phénomène, un rapport du cabinet Deloitte de 2015 expliquait qu’en cent quarante ans, la diminution du nombre de travailleurs dans l’agriculture «a été plus que compensée par la croissance rapide des services à la personne, de la créativité, de la technologie et des affaires».

Attention, toutefois: comme pour les autres études précitées, il faut interpréter les chiffres fournis avec précaution et éviter tant de sombrer dans le fatalisme pessimiste que dans l’optimisme béat. Une chose est sûre, les nouveaux jobs seront fortement en lien avec la révolution numérique: intelligence artificielle, traitement des données (big data), logiciels, marketing, etc. Toute la question étant de savoir si les employés dont les postes auront été supprimés pourront occuper ceux qui auront été créés par l’automatisation.

 


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