Heures d'ouverture des magasins: une balle dans le pied des autres

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Pierre Cormon

La votation du 19 mai, qui a vu les Genevois accepter que les commerces ouvrent trois dimanches par an, donnera un peu d’air à un secteur qui en a bien besoin. Les problèmes de fond demeurent néanmoins, et notamment celui des heures d’ouverture. Voilà plusieurs années que les partenaires sociaux genevois sont en désaccord à ce sujet. Le patronat estime que les horaires doivent être élargis pour faire face à l’évolution des habitudes de consommation et à la concurrence de la France voisine. Les syndicats répondent qu’il s’agirait d’une dégradation inacceptable des conditions de travail. Résultat: un statu quo qui dure depuis des années.

Comme ni le patronat ni les syndicats ne contrôlent les mutations de la société, le marché exploite la moindre brèche pour répondre à la demande des consommateurs. Des magasins de France voisine étendent leurs heures d’ouverture pour accueillir les Suisses frustrés par celles, trop restrictives, en vigueur dans leur canton. Les grandes gares se transforment en véritable centres commerciaux ouverts le soir et le dimanche, profitant de ce que la réglementation sur les heures d’ouverture ne s’applique pas à elles. Les dépanneurs, qu’elle ne concerne pas non plus puisqu’ils sont en principe des entreprises familiales sans employés, élargissent leurs horaires et leur assortiment, parfois au prix de journées de travail interminables qu’aucune convention collective ne légitimerait. Migros et Coop font distribuer leurs produits par des franchisés indépendants, dont certains ouvrent le soir et le dimanche. Des consommateurs font des achats le soir à la maison, sur internet et on commence à voir apparaître des magasins sans personnel, une formule qui, si elle a du succès, arrivera un jour ou l’autre à Genève. La situation est donc totalement inégale. Les commerçants traditionnels doivent respecter des horaires très stricts et souffrent d’une érosion parfois dramatique de leur chiffre d’affaires. Autour d’eux se multiplient les acteurs qui n’y sont pas tenus, pour une raison ou une autre, et qui en profitent.

Morale de l’histoire: essayer de maintenir envers et contre tout une réglementation contraire à l’évolution de la société ne fonctionne pas. L’attitude des syndicats, dans ce dossier, conduit à encourager tout ce qu’ils prétendent combattre: la fragilisation des emplois traditionnels, le développement d’emplois plus précaires, la canalisation de la demande vers de nouveaux acteurs souvent hors du champ du partenariat social. C’est ce qui s’appelle se tirer une balle dans le pied. Ou plutôt dans celui des autres, en l’occurrence les commerçants traditionnels et les travailleurs.


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