Il faut ménager sa monture!

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Véronique Kämpfen

Le budget de l’Etat risque d’être alourdi en 2019 par deux initiatives populaires. La première concerne les soins dentaires. Alors même que les personnes au bénéfice des prestations complémentaires voient leurs soins dentaires déjà pris en charge par la collectivité et que les familles avec enfant profitent d’un système de prévention éprouvé, ce texte propose d’arroser l’ensemble de la population. Cela coûtera entre 300 et 400 millions de francs par année, soit 900 francs par personne et par an. A ce prix, on peut aller souvent chez le dentiste… La deuxième est l’initiative 170, qui prévoit de plafonner les primes d’assurance-maladie à 10% du revenu des ménages. Cela représente 450 millions de francs par an, qui s’ajoutent aux 335 millions de francs payés aujourd’hui déjà au titre de subsides des primes maladie. Ces quelques 785 millions de francs se transformeront en un milliard de francs en l’espace de dix ans en raison des augmentations de la démographie et des primes maladie.

La facture - un huitième du budget du canton - est totalement déraisonnable. Le Conseil d’Etat a ainsi proposé un contreprojet à cette initiative, qui vise à augmenter les montants des subsides déjà octroyés et d’élargir le cercle des bénéficiaires: 186 millions de francs par année. Enfin, le canton de Genève doit éponger la dette résultant de la gestion calamiteuse de la caisse de pension des fonctionnaires de l’Etat, la CPEG. Coût de cette opération: quatre milliards de francs. Autre sujet phare: la réforme de l’imposition des entreprises, RFFA. Selon un compromis trouvé en commission fiscale, les entreprises, à Genève, ne connaîtront plus qu’un seul taux d’impôt sur le bénéfice, à hauteur de 13,99%, contre 24,2% aujourd’hui pour les entreprises au taux ordinaire et 11,6% en moyenne pour celles aux statuts. Cette harmonisation, impérative d’ici au 1er janvier 2020, entraînera des pertes fiscales estimées à 186 millions de francs la première année. Cette baisse d’impôt engendrera un dynamisme économique accru et, par l’effet positif démontré par les baisses d’impôts, des recettes fiscales accrues à moyen terme.

En cette fin d’année, propice au bilan et à la projection dans l’avenir, gardons à l’esprit que pour aller loin, il faut ménager sa monture. En clair, cela signifie qu’il faudra choisir avec parcimonie ses combats. Soutenir RFFA, qui est essentielle à la bonne santé économique du canton et, par ricochet, de ses habitants. Soutenir le contreprojet à l’initiative 170, qui permet à un plus large pan de la population de faire face aux dépenses de plus en plus lourdes liées aux frais maladie, mais rejeter le texte sur les soins dentaires, qui est une mesure arrosoir. Quant à la CPEG, son assainissement coûtera de toute façon très cher. C’est pourquoi il faut privilégier un changement en profondeur, qui permette à la caisse de retrouver la santé à long terme, en soutenant le projet du Conseil d’Etat.

 


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