Intelligence artificielle: séductrice, elle fait frissonner

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Maurice Satineau
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L’intelligence artificielle est beaucoup plus qu’un amas d’ordinateurs performants. Elle devient une manière de penser le monde et l’humain. Elle était au programme du Forum de Glion, en novembre dernier.

L’intelligence humaine implique la compréhension et une certaine forme de pouvoir. L’intelligence artificielle (IA) signifie autant l’éducation des machines que leur programmation. En amont, les données sont produites massivement ou captées par certains acteurs. Il convient d’être prudent lorsqu’on imagine le futur. «Le monde des affaires a une large responsabilité politique», indique Laurent Alexandre, essayiste français et entrepreneur. La Chine et les Etats-Unis sont les vraies puissances technologiques, les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) détiennent des puissances financières gigantesques; le pouvoir se déplace et se concentre. Egalement chirurgien, l’essayiste français traque la frontière et le moment où l’IA aura une conscience propre. De nos jours, le dirigeant a encore une conscience et une sensibilité qui lui confèrent une forme d’autonomie. Nous vivons pour l’instant à l’ère des complémentarités des intelligences, celles des cerveaux humains et celles des circuits informatiques.

Comment comprendre

Pour une partie de la population, le monde devient incompréhensible, à la fois par la crainte et par la non-maîtrise des outils. La chasse aux compétences s’est durcie afin que les entreprises puissent aborder cette mutation générale. «Si l’ordinateur est prometteur de productivité, le avalanches de données peuvent être aussi un frein à cette productivité », enchaîne Laurent Alexandre. La sphère politique elle-même devient méfiante devant les géants privés, entre la tentation d’exploiter à fond de véritables instruments de gouvernement et l’envie de démanteler ces énormes sociétés pour qu’elles n’aient pas trop de pouvoir politique. Chez ManpowerGroup, il faut gérer seize mille dossiers de candidatures chaque mois. L’énorme ordinateur fait un premier tri, mais «certains travaux en équipe dans le processus de recrutement ne peuvent pas encore être confiés à l’informatique », explique le directeur des relations extérieures de ManpowerGroup Switzerland, Leif Agnéus. Le 15 novembre, le Forum de Glion s’est aussi penché sur le cas de Uditis SA. Dans cette entreprise informatique d’une cinquantaine de collaborateurs, le patron Michel Perrin prend les choses à l’envers: «Nous perdrions trop de compétences si nous confiions l’embauche uniquement à l’IA. Seul l’humain peut détecter certains éléments».

Savoir savoir

L’IA est séductrice, mais les PME n’y trouveront pas automatiquement l’élan-miracle. Avant tout, elles doivent se concentrer sur la donnée. Celle-ci n’a de valeur que dans le sens qu’on lui donne. Elles doivent par exemple avoir une bonne connaissance de leur clients, «ce qui n’a rien à voir avec l’IA», rappelle Denis Rochat, de l’Institut Nielsen. Les objets connectés installés chez de vrais humains feront l’interface entre le monde physique et le big data. L’entreprise est bien physique et elle évolue elle aussi dans le monde virtuel pour s’organiser et aller vers ses vrais clients. L’individu et l’entreprise ne veulent finalement pas être trop soumis au pouvoir des algorithmes, tout en en attendant beaucoup. Pour une petite entreprise, la pertinence des données traitées a davantage d’importance que leur volume. Certains aspects de la relation entreprise-client ne sont d’ailleurs pas mesurables. «Cela fait dix ans que nous collectons des informations sur nos clients, et nous sommes encore au début du processus», confie Sébastien Aeschbach, directeur de la société éponyme. Dans la base de deux cent cinquante mille clients, les critères sont choisis. L’âge jouerait ainsi un rôle moins important que la marque de chaussures achetée. Il ne faut pas rêver. Quelle que soit sa taille, les données d’une entreprise n’ont de valeur à l’extérieur que si elles ont d’abord une valeur en interne. Il est inutile d’y voir un actif à brader automatiquement à bon prix.


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