Internet des objets, un voile sur les étoiles

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Mirel Bran
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Pour chercher notre chemin, le plus simple a longtemps été de tourner nos yeux vers les étoiles. Les temps ont changé. Aujourd’hui, nous baissons la tête pour regarder une application GPS sur notre téléphone. Nous déplacer en comptant sur nous-mêmes, c’est nous connecter à notre environnement; internet, c’est une connexion qui nous déconnecte de ce qui nous entoure. Il est arrivé à la maison avec les ordinateurs, puis il est devenu mobile avec la tablette et le téléphone portable. Celui-ci est devenu intelligent, en nous proposant de plus en plus d’applications dont l’effet est un affaiblissement de notre intelligence. Il n’est certes pas intelligent de se rendre moins intelligent, mais chacun est libre de choisir.

Evolutions en cours

Internet est pourtant loin d’avoir achevé sa conquête de l’homme. Une autre étape est franchie avec l’Internet of Things (IOT), Internet des objets en français (IdO). L’IdO est la connexion sur internet d’une panoplie d’objets qui font partie de la vie quotidienne: frigo, prises, grillepain, chauffage, machine à laver, éclairage, etc. Ces machines qui contribuent à notre confort sont dotées d’assez d’intelligence pour s’autogérer via des applications que nous pouvons programmer. Les voitures autonomes ne relèvent plus de la science-fiction, elles existent déjà et sont massivement testées. Si internet nous incite à nous déconnecter des autres et de nous-mêmes, il permettra aux objets qui nous entourent de se connecter sur des réseaux de plus en plus sophistiqués.

L’arrivée de la cinquième génération de standards pour la téléphonie mobile, la fameuse G5, va permettre des débits de communication mobile jusqu’à dix gigabits par seconde. Comparée à ce dont on dispose aujourd’hui, la G5 est une Ferrari au regard de la Dacia Logan. Sa capacité à connecter les objets de notre quotidien rendra ces derniers intelligents. Ils produiront eux aussi des données concernant nos actions, nos décisions, nos façons de vivre, données qui permettront de mieux savoir qui nous sommes. Selon plusieurs études d’experts, plus de cent cinquante milliards d’objets devraient se connecter entre eux d’ici à 2025. Ils communiqueront nos données à une vitesse qui nous échappe. L’homme ne sera pas capable de maîtriser une telle quantité de données: seuls les algorithmes de l’intelligence artificielle pourront les gérer en temps réel.

Osmose entre le réel et le virtuel

Peu à peu, nous allons transférer une partie de notre vie réelle dans le monde virtuel. La recherche du confort nous a poussé à déléguer une partie de nos tâches aux machines. Il est plus facile de faire un prélèvement automatique sur un compte pour payer l’électricité que d’aller faire la queue au guichet pour payer la facture. Il est plus facile de monter dans une voiture qui nous emmène où nous voulons en se conduisant toute seule. Pendant ce temps, l’homme peut rester le regard rivé à son smartphone. Ce transfert du monde réel dans le monde virtuel commence cependant à se faire en sens inverse: avec l’IdO, l’intelligence artificielle stockée dans les objets permettra au monde virtuel d’entrer dans le monde réel.

Personne ne peut prévoir l’effet de cette osmose entre le réel et le virtuel. À en croire ceux qui travaillent dans ces domaines, les nouvelles ne sont pas très rassurantes. «L’intelligence artificielle me donne une trouille monstre», a déclaré Elon Musk, directeur de produit chez Tesla et SpaceX, dans une de ses nombreuses conférences. «Elle est plus dangereuse que la Corée du Nord et les ogives nucléaires. Nous allons vivre notre plus grande crise existentielle.» La bataille est-elle perdue d’avance? Tant que nos données seront centralisées par des entreprises géantes, comme c’est le cas de Google et de Facebook, le risque de manipulation est sérieux. Si l’on mettait nos données sur une plateforme ouverte de type blockchain dont nous aurions le contrôle? Peutêtre que l’on pourrait redécouvrir le plaisir d’une simple promenade les yeux tournés vers les étoiles.

 


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