L’apprentissage effectue peu à peu sa mue numérique

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Grégory Tesnier
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Comment les défis de la numérisation de l'économie sont-ils pris en compte aujourd'hui en Suisse dans les processus de formation professionnelle?

L’apprentissage est-il capable de se moderniser, de s’adapter aux bouleversements de la révolution numérique? Pour Jean-Pierre Perdrizat, directeur par intérim de l’IFFP, organisation experte en Suisse pour la formation professionnelle basée à Zollikofen, Lausanne et Lugano, «l’impulsion vient toujours de l’économie elle-même».

Autrement dit, il faut, dans les dispositifs de formation professionnelle, dans les textes de loi révisés à intervalles réguliers, chercher une «adéquation profonde avec les besoins de l’économie », notamment au niveau des compétences souhaitées chez les collaborateurs. Partant de ce constat, Jean-Pierre Perdrizat souligne que «les changements économiques, technologiques ou sociétaux sont pris en compte dans l’adaptation des textes et des pratiques de la formation professionnelle suisse et l’IFFP soutient ce processus.

La numérisation de l’économie correspond ainsi à un phénomène qui est bel et bien intégré dans les réflexions concernant l’apprentissage aujourd’hui ». Concrètement, grâce à des méthodes et à des outils spécifiques, l’IFFP aide les écoles et les responsables de la formation professionnelle à changer de «culture d’enseignement et d’apprentissage».

«Il s’agit d’intégrer les médias numériques de manière pertinente dans l’enseignement, de manière à ce qu’ils apportent une valeur ajoutée aux personnes en formation. Celles-ci testent de nouvelles formes d’apprentissage et développent des compétences transversales», explique l’IFFP sur son site internet. «Pour l'école, la transformation numérique signifie créer les conditions cadre pour un apprentissage basé sur les médias en adaptant tant l’infrastructure que les processus organisationnels et administratifs. Chaque école est différente et a donc besoin d’une stratégie de numérisation spécifique ainsi que d’un accompagnement sur mesure.»

D'abord un état des lieux

On est ici au coeur du projet «trans:formation» de l’IFFP, qui s’inscrit dans le cadre du programme d’encouragement de la Confédération sur la transformation numérique de la formation professionnelle. Avec «trans:formation», l’IFFP soutient les écoles professionnelles et les organisations du monde du travail (Ortra) dans leur transformation numérique, «dans une gamme d’activités allant de l’analyse grâce au Digi-Check, aux formations continues sur mesure, en passant par l’accompagnement de projets».

Digi- Check? En fait, une journée de travail avec le corps enseignant ou les personnes impliquées dans la formation professionnelle. L’objectif? Effectuer un état des lieux de la numérisation d’une école ou d’une organisation et trouver les potentiels de changement dans les processus d’enseignement et d’apprentissage, dans l’utilisation des médias numériques et dans d’autres développements en matière de numérisation. Cette dernière implique en effet des bouleversements multiples liés à «des problématiques technologiques, économiques, juridiques, pédagogiques, etc.», comme le note Jean-Pierre Perdrizat. Pour répondre au défi numérique, et outre «trans:formation» ou Digi-Check, l’IFFP a aussi mis sur pied, dès l’automne 2019, une nouvelle filière d’études préparant l’obtention d’un bachelor of science en formation professionnelle, qui met l’accent sur la numérisation.

Toutes ces initiatives destinées à aider les personnes et les institutions concernées par le processus de transformation numérique – et d’autres initiatives comme la mise à disposition d’un certain nombre d’outils spécifiques, à l’instar de la plateforme de réseautage SkillsNet – se placent également dans la suite des conclusions du rapport de tendance Numérisation et formation professionnelle» publié l’automne dernier par l’Observatoire suisse de la formation professionnelle de l’IFFP.

Une porte d'entrée efficace dans la vie active

Celui-ci se concentre sur plusieurs questions en lien avec les effets de la numérisation sur la formation professionnelle. Il propose des «ébauches de solutions » et, optimiste, insiste par exemple sur le fait «qu’il devrait être possible de modifier rapidement les contenus de formation suite aux nouveaux développements (numériques)», tout en maintenant «les processus convenus entre les partenaires de la formation professionnelle pour la révision des métiers». Il faut alors «formuler des plans de formation ouverts à la technologie».

Celle-ci devrait «soutenir utilement le processus d’apprentissage », avec «une approche pédagogique ciblée». En effet, le rapport explique prudemment que «les technologies en soi n’améliorent pas l’apprentissage et peuvent même avoir des conséquences négatives. Les informations concernant leur utilisation dans les lieux de formation en Suisse sont actuellement encore très lacunaires».

Dernier point: «Vu la rapidité de la mutation technologique, les enseignants se trouvent plus souvent face à des personnes en formation qui connaissent les nouvelles technologies depuis plus longtemps ou mieux qu’eux. Ils font dès lors face au défi de développer leur rôle d’experts de la formation et d’adapter leurs compétences professionnelles à la transformation numérique du monde du travail et de la société dans son ensemble».

Au-delà de ces conclusions et de la «transformation numérique » elle-même, Jean-Pierre Perdrizat souhaite que la voie de l’apprentissage puisse toujours améliorer son image vis-à-vis des plus jeunes, parfois découragés ou peu motivés, à tort, par certains métiers. «La formation professionnelle initiale, dans tous les secteurs professionnels, demeure une porte d’entrée efficace dans la vie active, avec des possibilités de compléter son parcours un peu plus tard, en obtenant d’autres diplômes. Ces atouts font la force de notre système et il faut les défendre et les faire connaître!»

 

 


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