La caisse maladie de trop

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Véronique Kämpfen
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Les Genevois en ont marre de leurs primes maladie, les plus chères de Suisse, une tendance en augmentation constante. Avoir un des meilleurs systèmes médicaux au monde coûte cher et, vieillissement de la population oblige, la situation semble sans issue. Des initiatives fleurissent pour tenter de juguler l’inflation. A Genève, nous voterons le 10 février sur l’une d’elles, intitulée Pour une caisse d’assurance maladie et accidents genevoise publique à but social (IN 165).

Les initiants font le constat du manque de transparence des caisses maladie et de la difficulté à établir un lien clair entre les augmentations des primes et l’augmentation des coûts de la santé. Ils critiquent notamment le montant des réserves, qui excèdent souvent le pourcentage exigé par la loi. Leur solution? Créer une caisse publique pour offrir des primes moins chères. Hélas, la solution préconisée n’est pas la bonne.

En effet, cette caisse – dont la mise en place serait à la charge du canton – s’ajouterait aux trente-six caisses officiant déjà à Genève. Elle serait soumise aux mêmes contraintes que les autres: elle devrait disposer de réserves suffisantes lors du dépôt de la demande d’autorisation de pratiquer l’assurance maladie, soit au moins huit millions de francs, et continuer à constituer des réserves son existence durant.

Ses tarifs seraient soumis à l’approbation de l’autorité de surveillance, comme toutes les autres caisses. Si elle attire trop de «mauvais risques», elle aurait des prestations élevées à payer, ce qui l’obligerait à augmenter ses réserves et, par ricochet, ses primes. De plus, étant à but social, elle n’adopterait sans doute pas des stratégies comme celle du tiers garant (l’assuré paie ses frais médicaux et se fait rembourser ensuite). Dans ces conditions, réussir à proposer des primes moins chères semble illusoire.

La question des primes maladie animera longtemps le débat politique, comme en témoignent deux textes lancés au niveau fédéral. Le premier, intitulé Assurance maladie. Pour une liberté d’organisation des cantons, permettrait à ces derniers de créer une institution cantonale d’assurance maladie chargée de fixer les primes et de les percevoir. Les réserves de tous les assureurs seraient gérées au niveau du canton. Une idée à analyser sérieusement.

Le second, Pour un Parlement indépendant des caisses-maladie, met le doigt sur une réalité troublante: presque la moitié des parlementaires siégeant dans les commissions santé du parlement fédéral font partie de conseils d’administration de caisses-maladie. Difficile, dans ces conditions, de travailler en toute indépendance. En attendant que se dessinent des solutions qui permettront de réformer le système à long terme, il s’agit de refuser l’IN 165. Ajouter un acteur supplémentaire au niveau cantonal, sans aucune valeur ajoutée pour les assurés, n’apportera que des charges malvenues et aucune baisse des primes.


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