Le temps de la transmission d'une PME est très long

 | Paru dans Entreprise romande Le Magazine  | Auteur : Flavia Giovannelli
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Avec le départ prochain des babyboomers à la retraite, le nombre d’entreprises cherchant un repreneur en Suisse augmente. Le sujet est de plus en plus traité, mais lorsqu’il faut soi-même lâcher prise, l’objectif n’a rien d’évident. Trouver un repreneur garantissant la pérennité de l’activité reste délicat, faisant de la planification une nécessité.

Aujourd’hui, plus de quinze mille entreprises1 cherchent un repreneur en Suisse. Un chiffre impressionnant, sachant que dans les années à venir, cette question concernera toujours plus de personnes. Non seulement le nombre de celles partant à la retraite est élevé, mais les jeunes générations s’avèrent plus versatiles que par le passé. «A l’image des salariés qui changent plusieurs fois d’employeurs dans leur carrière, certains ne souhaitent pas gérer la même entreprise toute leur vie», explique Fabrice Lance, d’Actoria Conseils, un cabinet spécialisé dans ces questions.

Un bon rétro-planning

Pour Franck Halter, expert en successions, membre fondateur et membre de la direction du Center for Family Business de l’Université de Saint-Gall, la transmission d’entreprise est bien une tâche entrepreneuriale et stratégique. Chaque situation est unique, et il faut se poser des questions existentielles: qui suisje, qu’est-ce que je veux? Parmi les différentes options possibles, laquelle vais-je privilégier? Plus l’opération est anticipée, avec un rétroplanning minutieux, mieux c’est. La cession de son entreprise impose de prévoir les enjeux juridiques et financiers, mais aussi de s’y préparer psychologiquement. L’accompagnement est donc devenu un marché en plein essor. Avant de chercher ce type de conseils, il est bon de commencer par en parler avec son agent fiduciaire habituel, ainsi qu’avec toutes les parties concernées, comme les membres de la famille et les proches.

Dans la pratique, on a tendance à sous-estimer la complexité des aspects émotionnels, financiers et fiscaux. Avec une bonne préparation, le chef d’entreprise peut identifier les défauts et les corriger afin d’optimiser son opération. «Il faut nettoyer son entreprise, pas seulement ses bureaux ou ses installations, mais aussi son organisation et sa gestion», avance Fabrice Lance. «En cas de problèmes persistants, il vaut mieux être limpide et annoncer possibles.» La valorisation représente la deuxième étape cruciale de l’opération. Pour Patrick Arnold, expert fiscal diplômé chez Wealth Planning Switzerland, le successeur sera avant tout intéressé à l’opérationnel, donc à la capacité de rendement future. Les valeurs patrimoniales non indispensables à l’activité l’intéressent souvent moins (liquidités excédentaires, immeubles, papiersvaleurs). Une préparation complète doit permettre d’éviter les pièges de la fiscalité.

L’importance de l'équité

Une fois cette étape clarifiée, le cédant peut préparer son dossier de présentation destiné aux repreneurs potentiels. L’objectif est de construire le montage final de la transmission dans un contrat le plus complet possible. Par exemple, le document précisera si l’opération se fait par cession d’actifs ou par vente d’actions, s’il s’agit d’une cession partielle ou totale. Les modalités de paiement sont détaillées. Il faut prévoir (par écrit) toutes les répercussions juridiques, fiscales et financières qui en découleront. Le cédant a donc intérêt à s’entourer d’experts (avocats d’affaires, experts-comptables, etc.) afin d’optimiser la phase de transmission. Comme pour la vente d’un bien immobilier, la tentation est grande de vouloir retirer le prix le plus haut pour son entreprise. L’entrepreneur doit toutefois garder à l’esprit que le montant doit se négocier avec le repreneur. Or, celui-ci n’aura pas toujours des moyens illimités et devra probablement compter sur la rentabilité de l’entreprise pour rembourser le prêt contracté.

Le profil du repreneur

Selon Franck Halter, de nos jours, seules 40% des PME restent au sein de la famille, tandis que 60% doivent envisager d’autres solutions. Il y a encore quinze ans, c’était l’inverse. Aujourd’hui, on peut penser à des concurrents ou au personnel de son entreprise. En cas d’échec dans les discussions, il ne faut pas se décourager: de nouvelles options peuvent être évaluées pour trouver une issue favorable. Certains facteurs peuvent en revanche réduire la valeur de l’entreprise, voire empêcher la réalisation de la vente. A travers un travail de vérification (due diligence), l’acheteur scanne en effet les risques potentiels, procédure qui peut être de durée très variable.

Enfin, si tout va bien, les deux parties pourront signer le contrat. Toutefois, elles ne sont pas pour autant au bout de leurs peines, car la période de l’après-cession est tout aussi cruciale. Il s’agit de s’assurer que tout se déroule comme prévu. Un accompagnement est généralement prévu et détaillé dans le contrat. Le cédant est souvent rémunéré pour ses conseils. L’entreprise devra trouver un équilibre entre le respect du passé et l’innovation. Les défis seront aussi grands que passionnants et le passage de témoin sera accompli lorsque chacun aura retrouvé sa sérénité et un certain détachement. n 1 Chiffres estimés par une étude de Credit Suisse et de l’Université de Saint-Gall , montrant qu’un patron sur cinq prévoit de transmettre son affaire ces prochaines années.


La transmission pas à pas

  • Fixation des objectifs de l’opération pour
  • les cédants.
  • Analyse de l’impact des objectifs sur les
  • cédants en termes financiers, patrimoniaux,
  • choix de vie et prévoyance.
  • Analyse de l’impact des objectifs sur
  • l’entreprise en termes de pérennité.
  • Diagnostic de l’entreprise.
  • Expertise financière de l’entreprise.
  • Rédaction d’un memorandum.
  • Rédaction d’un teaser (résumé du
  • memorandum).

 


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