Les banquiers genevois pestent contre les taux négatifs

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Flavia Giovannelli
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La Fondation Genève Place Financière dresse un bilan mitigé pour sa branche et s’inquiète de l’attentisme suisse dans ses relations avec l’Union européenne. Elle fustige aussi la politique des taux bas, mais constate que l’emploi résiste plutôt bien.

Avec un produit intérieur brut un peu mou, la place financière genevoise n’est pas au mieux de sa forme. Mais pour le moment, elle résiste encore et conserve ses atouts, tout en abordant une phase plus incertaine. Après la publication du baromètre du KOF sorti en août, l’enquête conjoncturelle 2019 présentée mardi par la Fondation Genève Place Financière (FGPF) illustre comment cela se traduit dans la réalité du secteur bancaire. Celui-ci, comme l’a rappelé Yves Mirabaud, président de la FGPF, contribue à près de 12% à la richesse du canton. Il n’est donc pas étonnant que l’attente et les incertitudes autour d’une éventuelle signature de l’accord institutionnel avec l’Union européenne fassent grincer des dents. Yves Mirabaud a d’ailleurs insisté: «Pour la place financière suisse en général et genevoise en particulier, la notion de relations bilatérales revêt une importance primordiale, car son activité s’oriente largement vers une clientèle internationale».

A l’échelle suisse, les banquiers genevois sont aussi unanimes à regretter la politique des taux négatifs de la Banque nationale suisse (BNS) qui, selon eux, ne produit pas les effets positifs escomptés et pénalise surtout les caisses de pension. Indirectement les investisseurs seraient même poussés à prendre plus de risques, une stratégie qui, pour le moment, a pu être compensée par la bonne tenue des marchés, mais qui pourrait trouver ses limites en cas de revirement. De plus, les investisseurs institutionnels ont tendance à trop pondérer l’immobilier, pour compenser les effets des taux négatifs. «Finalement, ce sont les rentes des citoyens qui en feront les frais. Il faudrait que la BNS supprime cette mesure dès que possible», martèle Yves Mirabaud.

Enfin, la position de Genève comme tête de file dans la gestion de fortune transfrontalière (avec une part de marché qui se situe à 26,6%) dépend beaucoup de la qualité de ses infrastructures. Première d’entre elles, l’aéroport doit être en mesure de garantir des dessertes efficaces, surtout pour ses principaux clients, et tout particulièrement ceux du Moyen-Orient. La votation du 24 novembre prochain concernant un pilotage démocratique de l’aéroport (IN 163), est donc en ligne de mire. Les banquiers déplorent en effet les «attaques à répétition contre l’aéroport, qui risquent d’affaiblir le tissu économique genevois dans son ensemble».

Priorités

Soucieuse d’être en phase avec les grands courants, la FGPF entend bien se renforcer dans deux domaines: la digitalisation de la finance et la finance durable. La tenue du forum Building Bridges, le 10 octobre, a permis de réunir pour la première fois tous les acteurs de cet écosystème (représentants de l’ONU et de ses objectifs de développement durable, acteurs de la finance et des milieux académiques). Par cette initiative, il s’agit de favoriser des solutions concrètes et innovantes pour maximiser cet impact (lire aussi notre édito en page 1). La transformation numérique, qui gagne du terrain, pourrait aussi permettre à Genève de devenir une place importante dans le domaine des fintech. Là aussi, les chances sont nombreuses, mais elles impliquent pour le secteur bancaire de faire des efforts d’adaptation en matière de formation de base et continue.

En conclusion, si le contexte global implique un certain ralentissement, les banquiers insistent sur leur volonté d’évoluer constamment. Pour le moment, le secteur emploie trente-cinq mille six cents collaborateurs à Genève, des effectifs qui devraient rester stables en 2019.


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