Les cours interentreprises, piliers méconnus de la formation professionnelle

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : CORMON, Pierre
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Peu connus du public, les cours interentreprises jouent pourtant un rôle fondamental dans la formation professionnelle suisse. Ils constituent l’un des trois piliers sur lesquels repose la formation des apprentis, avec la pratique en entreprise et les cours théoriques. «Ils vont être amenés à jouer un rôle toujours croissant, également pour les personnes qui ont déjà une formation professionnelle», prédit Laurent Baechler, en charge des cours interentreprises au département formation de la Fédération des Entreprises Romandes Genève (FER Genève). Genève a été le premier canton à organiser de tels cours, dès les années 1960. Ces derniers font maintenant partie intégrale du système de formation professionnelle suisse.

A Genève, jusqu’à ces dernières années, ils étaient organisés par l’Etat et, jusqu’en 2008, étaient appelés cours d’introduction. Entretemps, la Confédération a décidé qu’il serait plus judicieux de confier leur organisation aux associations professionnelles, qui sont plus proches de la réalité des métiers, et ils ont été rebaptisés cours interentreprises. La reprise de l’organisation par les associations a représenté un énorme chantier, qui s’est étendu sur plusieurs années. «Reprendre ces cours, c’est un peu comme créer une petite entreprise», remarquait à l’époque un responsable associatif. «Il faut trouver des locaux, éventuellement les rénover, les équiper, définir des programmes, engager du personnel.

Quand, dans un secteur, vous avez quatre cents apprentis sur l’ensemble des volées, cela commence à ressembler à une moyenne entreprise.» Aujourd’hui, trente-deux entités (généralement des associations professionnelles) sont responsables d’organiser des cours interentreprises dans le canton, dont dix-sept ont confié cette tâche à la FER Genève. D’autres secteurs ne comptent pas assez d’apprentis ou ne disposent pas d’une association professionnelle suffisamment structurée pour se charger de cette tâche, comme la photographie ou le ramonage.

Les apprentis suivent alors des cours organisés dans un autre canton, de même que dans certains métiers, les centres de formation genevois accueillent des participants cipants d’autres cantons. «Tout apprenti, quelle que soit la filière qu’il a choisie, suit des cours interentreprises», précise Laurent Baechler. Ces cours ont plusieurs fonctions. Comme l’économie est de plus en plus spécialisée, certaines entreprises ne pratiquent pas toute la palette des techniques en usage dans une profession. Elles utilisent par exemple tel type de machine et pas tel autre. Elles ont recours à des produits préfabriqués plutôt que de les fabriquer en interne. Les cours interentreprises permettent à l’apprenti de se familiariser avec les techniques peu ou pas pratiquées chez son employeur. Ils permettent également de donner un socle de connaissances pratiques à tous les apprentis, dépassant souvent celui qu’on acquiert en entreprise.

Enfin, on organise parfois des cours supplémentaires pour répondre à certains besoins spécifiques. Si, par exemple, dans une profession, le taux d’échec aux examens de fin d’apprentissage est particulièrement élevé, on peut organiser des sessions de rattrapage. Si de nouvelles techniques sont apparues dans un secteur et qu’elles ne font pas encore partie du plan de formation, on peut proposer des sessions supplémentaires pour les enseigner.

Avec l’évolution de plus en plus rapide des métiers, les cours interentreprises devraient prendre une importance croissante. Des branches organisent d’ores et déjà des cours pour valider les acquis de personnes ayant des années d’expérience professionnelle, mais pas de diplôme. C’est par exemple le cas dans l’hôtellerie-restauration ou dans la peinture. Les centres de formation sont appelés à élargir leur mission. Ils offriront de plus en plus de formations continues, en plus des cours destinés aux apprentis, afin de permettre aux travailleurs de suivre l’évolution des techniques. Certaines associations le font déjà: c’est le cas dans l’horlogerie ou dans le secteur santé-social. Le volet genevois de la troisième réforme de l’imposition des entreprises pourrait donner à davantage d’associations les moyens de se lancer dans cette activité.


 


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