Les employeurs passent à la caisse

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Pierre Cormon
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Pour comprendre les problèmes que poserait l’introduction d’une assurance dentaire obligatoire, sur laquelle Genève votera le 10 février, pas besoin d’aller très loin. La France en connaît une. Pour contenir les coûts, les prestations sont payées aux dentistes à des tarifs qui ne leur permettent souvent pas de rentrer dans leurs frais. «Quatre-vingt pour cent des actes que je pratique sont déficitaires», nous a confié une dentiste du centre de la France. Les praticiens sont donc incités à travailler rapidement, pour ne pas perdre trop d’argent. «Je suis consciente que je fais parfois du mauvais travail», ajoutait notre interlocutrice. Un discours inimaginable chez un dentiste suisse, qui peut prendre le temps qu’il faut pour un acte. Or, un patient mal traité peut avoir à revenir se faire soigner, ce qui coûte finalement plus cher.

L’assurance dentaire obligatoire n’encourage pas non plus la responsabilisation des patients. «Ce qui intéresse beaucoup d’entre eux, c’est d’abord que le traitement soit gratuit», ajoutait la dentiste. Résultat: la santé buccale des Français est sensiblement plus basse que celle des Suisses, montre l’indice DFMT (qui quantifie l’état de santé dentaire en fonction du nombre de dents cariées, manquantes et soignées) de l’OCDE. Une assurance dentaire obligatoire n’est donc pas garante de la bonne santé buccale de la population. Eduquer et responsabiliser est beaucoup plus efficace: chacun peut contribuer grandement à sa santé buccale en se lavant régulièrement les dents et en se soumettant périodiquement à des détartrages. La facture finale, pour la société, est moins élevée. A Genève, elle le sera également pour les employeurs, puisque l’initiative prévoit qu’ils participent paritairement au financement de l’assurance, sans qu’on voie en quoi ils sont responsables de la santé bucco-dentaire de la population.

Reste que les prestations des dentistes coûtent cher et qu’une partie de la population peine à les payer. L’initiative y répond imparfaitement, puisqu’elle ne concerne que les soins de base. Les couronnes, les appareils ou les implants ne seraient pas couverts. Il vaut donc mieux concentrer les ressources sur ceux qui ne peuvent pas se permettre d’aller chez le dentiste plutôt que de financer indifféremment les soins de ceux qui en ont besoin et de ceux qui s’en passent très bien. Cela permet d’avoir beaucoup plus d’impact par franc dépensé. Des mesures existent déjà en faveur des jeunes, des bénéficiaires de prestations complémentaires ou de l’assistance sociale. Sont-elles suffisantes? Faut-il les améliorer? C’est là-dessus que doit porter le débat, et pas sur une politique de l’arrosoir qui coûterait cher et qui engendrerait des charges supplémentaires pour les employeurs, sans être plus efficace.

 


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