Les PME aiment la concurrence

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Miroslaw Halaba
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Toujours plus forte, la concurrence stimule les PME. Elle les confronte à de nombreux défis comme l’internalisation, la recherche de personnel qualifié et surtout la digitalisation, qui joue désormais un rôle majeur. La nouvelle étude de l’Université de Saint-Gall, élaborée pour la Journée suisse des PME, a mis en lumière les divers aspects de la lutte pour les marchés.

Le constat est unanime: au cours des cinq dernières années, les PME suisses ont été confrontées à une hausse sensible de la concurrence. Leurs responsables ne s’en plaignent pas. Au contraire, ils aiment cela. Ils l’ont dit clairement dans leurs réponses à l’enquête menée par l’Université de Saint-Gall auprès de quatre cent quatrevingt- une entreprises alémaniques et dont les résultats sont présentés aujourd’hui lors de la Journée suisse des PME. Selon eux, la concurrence est une chance. Elle stimule l’innovation, elle les incite à penser résolument client et à s’engager à fond dans la recherche de collaborateurs bien formés.

Comme elle est sur toutes les lèvres, et en particulier sur celles des entrepreneurs, la digitalisation ne pouvait être qu’au coeur des résultats de l’étude. «La prédominance de ce thème nous a même étonnés», relève Tobias Wolf, son coordinateur. La digitalisation n’influence pas seulement la compétitivité des PME, mais elle façonne leur modèle d’affaire. Elle devrait devenir un facteur de succès majeur. Bien plus que d’autres, ce sont les entreprises actives dans le secteur des télécommunications et des technologies de l’information, des médias, de la publicité ou encore des banques et des assurances qui remarquent l’effet de la transformation numérique sur les conditions de concurrence. En général, plus elles sont grandes, plus elles ressentent l’impact de ce processus.

L’internationale gagne en puissance

La concurrence que doivent affronter les PME a beaucoup gagné en dynamique et en intensité, pour ne pas dire en férocité. Les plus concernées sont les entreprises travaillant dans le secteur bancaire, celui des assurances, des médias et de la publicité. L’international s’est aussi invité au festin. Près de 25% des entreprises interrogées sont aujourd’hui confrontées à une concurrence internationale, soit deux fois plus qu’il y a dix ans. Mais l’étranger devient aussi un marché: pour 46% des participants à l’enquête, la part du chiffre d’affaires réalisée hors de Suisse par leur entreprise a augmenté dans le même temps. L’apparition de concurrents «digitaux» traduit de manière plus nette encore la montée en force de la concurrence: leur part a passé, en dix ans, de 1,5% à 20,6%.

Approfondissant l’analyse, les experts de l’Université de Saint- Gall se sont penchés sur divers aspects de la concurrence, tels que les facteurs qui influencent la compétitivité. Ainsi, l’un des plus importants est l’augmentation des exigences de la clientèle. Les entrepreneurs s’en réjouissent. Tout comme la numérisation, c’est une chance, estiment-ils. Qui dit plus de concurrence dit aussi émergence de nouveaux compétiteurs. Le phénomène n’est toutefois pas sensible partout de la même manière. Parce que l’investissement initial qu’elles doivent consentir pour entrer sur le marché est relativement bas, les entreprises des secteurs médias et publicité et IT et télécommunication se sentent bien plus menacées par des nouveaux entrants que des sociétés actives dans le secteur des machines ou, à l’autre bout de l’échelle, de l’agriculture.

Entreprises bien positionnées

L’étude fait aussi quelques constats réjouissants sur l’état de santé des PME suisses. Plus de 92% des entreprises interrogées estiment en effet qu’elles sont très bien positionnées sur le marché. Quelque 80% pensent qu’en dépit que la pression concurrentielle croissante, elles devraient encore se développer; 12,4% d’entre elles sont d’avis que leur modèle d’affaires ne devra pas être revu au cours des trois à cinq prochaines années. Moins de 8% seulement des entreprises – des secteurs commerce, réparation et formation, en particulier – se sentent dans l’obligation de revoir leur modèle d’affaires pour ne pas être mises sous pression de la concurrence.

Le bon positionnement s’explique de diverses manières. Plus de 75% des entrepreneurs sont d’avis qu’il repose sur les relations de proximité que leurs entreprises entretiennent avec leurs clients et sur l’adéquation à leurs besoins (86,9%), sur la qualité des prestations et des produits (84,1%), sur le savoir-faire des collaborateurs (79,7%) ou sur les valeurs et la culture d’entreprise. Pour Tobias Wolf, ces constatations mettent une fois de plus en lumière les avantages des PME: souplesse, agilité et rapports étroits avec les clients et les collaborateurs.

Du pain sur la planche

Dans ce contexte concurrentiel, l’amélioration constante de la compétitivité est une exigence cardinale pour chaque entreprise. Divers axes d’intervention sont envisagés pour atteindre cet objectif: 280 entrepreneurs ont cité la digitalisation du processus de travail, 277 le lancement et le développement de produits, 267 la numérisation des services, 263 les investissements dans la formation continue. En fin de liste, dix entrepreneurs songent à une spin-off. Les PME auront aussi fort à faire à l’avenir avec la recherche de personnel qualifié. Les entreprises interrogées reconnaissent que cette tendance s’est notablement accrue au cours des cinq dernières années, en particulier dans les domaines IT et télécommunication, banque et assurances, santé. Cette situation conduit à une véritable chasse aux talents. Plus que toutes les autres, les entreprises du secteur IT et télécommunication et celui de la construction mécanique en savent quelque chose.

Cette chasse aux talents concerne avant tout les jeunes collaborateurs. Ce sont eux qui aspirent à de nouveaux modèles de travail plus souples qui assurent un bon équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Or, les auteurs de l’étude ont constaté que la plupart des PME ont de la peine à réagir à ces attentes. Elles seraient toutefois bien inspirées d’affronter ce défi, car il apparaît que celles qui le font réalisent de meilleures performances et enregistrent des taux de fluctuations du personnel plus bas que celles qui ne le font pas.

Les résultats de l’étude sont disponibles, en allemand, à l’adresse www.kmu-tag.ch


Le pouls des PME

Les études présentées par l’Université de Saint-Gall à l’occasion de la traditionnelle Journée suisse des PME mesurent véritablement le pouls des petites et moyennes entreprises suisses. Basées sur une auto-évaluation de l’entreprise par l’entrepreneur, elles abordent des thèmes d’actualité. Si cette année, l’étude a porté sur la concurrence, l’an passé, elle avait analysé le rôle de l’intuition dans la prise de décision. En 2017, elle s’était penchée sur les facteurs de changement, d’où il était ressorti que la digitalisation allait devenir l’enjeu majeur des PME.

En 2016, c’est le changement d’optique qui était au centre du débat. Il était apparu que c’était dans le rôle de leur client que les entrepreneurs se projetaient en priorité lorsqu’ils abordaient leur activité sous un autre angle. En 2015, on avait appris que l’esprit d’ouverture et la confiance étaient au coeur de la gestion des PME. La Journée suisse des PME se tient tous les ans à Saint-Gall. Plus de mille cinq cents participants se sont inscrits à l’édition 2019.

 


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