Les PME suisses sont solides, mais pourraient faire mieux en matière de digital

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Flavia Giovannelli
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Avec la bonne santé économique du pays, les responsables de PME envisagent l’avenir avec un certain optimisme, même s’ils restent conscients de la concurrence accrue. Les entreprises actives sur le marché domestique doivent désormais affronter des acteurs étrangers. Il serait toutefois souhaitable que la prise de conscience du virage vers le numérique se traduise par des mesures concrètes.

A les entendre, les entrepreneurs de petites et moyennes structures en Suisse ont le sentiment d’avoir leur destin en main. C’est ce qui ressort d’une étude réalisée au cours des derniers mois par Credit Suisse et qui se fonde sur les réponses de mille cent PME. Selon elles, la Suisse reste très compétitive depuis des années, malgré le franc fort, qui continuera sans doute à rester une donne incontournable à l’avenir. Ce relatif optimisme s’explique également par le fait qu’elles ont su réagir à la fin du taux plancher (entre le franc suisse et l’euro) et préserver leur attractivité. Plus important, les entrepreneurs gardent une marge de manoeuvre pour réagir.

Cette stratégie s’avérera sans doute nécessaire, car la concurrence étrangère touche désormais les secteurs tournés vers le marché intérieur, comme le commerce et le bâtiment. L’enquête montre clairement que cette tendance est montée en flèche ces dernières années, avec l’arrivée d’acteurs venant des marchés émergents, de la Chine en particulier.

Le concurrent change de visage. Il ne s’agit plus forcément d’une entreprise active dans la même branche. Il s’agit de plus en plus souvent d’un acteur qui se glisse dans la chaîne de valeur et grignote une partie de la marge. Avec les développements technologiques, il devient plus facile, pour les nouveaux venus, de proposer des services à la carte. Cette concurrence se focalise sur la part de marché qui l’intéresse - celle qui engendre le plus de marges - laissant à l’économie traditionnelle les lourdeurs d’un service global. Par exemple, on peut imaginer qu’une start-up étrangère s’implante pour proposer une gestion des avoirs aussi efficace qu’une banque généraliste, mais avec une structure bien plus légère et donc des frais généraux moins lourds. Ce phénomène est également un risque pour les PME, qui ne sont pas habituées à affronter ces rivaux qui surgissent sur leur champ d’opération traditionnel.

Effets de la transition numérique: sous estimation

Malgré cette évolution, 45% des PME estiment que la numérisation de l’économie sera davantage une source de nouvelles ouvertures que d’inconvénients ou de risques. Cette appréciation dénote une confiance plutôt réjouissante dans leur capacité à réagir.

En d’autres termes, les PME suisses semblent avoir les reins assez solides pour adopter une stratégie offensive en matière d’investissements. Ainsi, plus de la moitié des entreprises interrogées ont investi pour lancer de nouveaux produits ou développer significativement des produits existants. Presque une PME sur deux a ainsi conquis de nouveaux marchés ou segments de clientèle, et quatre entreprises sur dix ont procédé ces dernières années à une forte numérisation de leurs canaux de distribution ou de leurs gammes de produits.

Pour les auteurs de l’étude, il reste un seul bémol: les PME suisses sous-estiment encore les effets la transition numérique. Près de 32% d’entre elles considèrent qu’elles seront marginalement touchées par ce phénomène dans un avenir proche, tandis que 24% sont d’accord avec cette affirmation.

Une entreprise de la microtechnique s’est lancée avec succès dans le digital

Eskenazi est une PME carougeoise, spécialisée dans l’usinage de précision. Cette entreprise centenaire, qui fabrique des outils coupants, n’a pas hésité à prendre le virage numérique il y a deux ans. Livio Elia, son directeur, est aujourd’hui persuadé d’avoir fait le bon choix. Il n’est pourtant pas actif dans un domaine que l’on associe forcément aux pionniers du digital. «Le marché est là et nous avons fait ce choix stratégique pour deux raisons. La première, pour nous positionner grâce à une vitrine sur le net. Ensuite, nous avons voulu aller plus loin en proposant directement à nos clients de commander les outils en ligne.»

Dans le B to B, il n’est pas toujours évident de se lancer dans le commerce numérique. Dans le cas d’Eskenazi, il a fallu intégrer un catalogue proposant plus de trois mille six cents références. Le développement s’est fait à l’interne et l’entreprise permet aujourd’hui à ses clients de faire leur propre sélection d’outils. Il leur suffit de remplir des champs de recherche par métiers, types d’usinage et groupes de matières. Fonctionnel, cet outil permet de commander les produits, avec affichage de disponibilité, sept jours sur sept.

L’expédition a lieu dans la foulée. «Un an après la mise en service de cette prestation, nous ne pouvons que nous réjouir», résume Livio Elia. «Tout le monde gagne du temps et notre relation avec les clients est devenue plus qualitative. Nous perdons moins de temps avec les questions simples, car notre site permet d’y répondre. Si la demande du client est plus complexe, cela peut même nous donner des idées de développement de produits ou de services.» Livio Elia en est convaincu: la transition numérique ne fait que commencer. C’est même un cycle d’évolution permanente, qui implique des améliorations constantes à intégrer sur son site. C’est le prix à payer pour rester compétitif.


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