Les rumeurs prennent de l’ampleur

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Véronique Kämpfen
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Les fake news poussent sur le terreau de nos biais. Le biais cognitif, qui nous fait accroire ce que nous pensons être objectivement possible, le biais affectif – nous croyons ce qui correspond à nos convictions, à nos craintes, à nos espoirs – et le biais de popularité – nous croyons davantage ce qu’un grand nombre de personnes croit. Quand nous étions petits, dans la cour de récréation, ces biais avaient pour conséquence que nous apportions crédit à la rumeur qui voulait que Sébastien était amoureux de Maryline.

Cette dernière étant la plus jolie fille de la classe, cela nous semblait objectivement possible; de plus, cela correspondait à un idéal romantique qui était le nôtre et, pour couronner le tout, tout le monde le laissait entendre. Bref, pas besoin de vérifier l’information, et tant pis si Sébastien niait farouchement, la rumeur courait. Difficile de l’arrêter.

Dans le monde économique et politique, la rumeur s’appelle désormais fake news et procède peu ou prou de la même manière qu’à l’école primaire. Les conséquences peuvent être lourdes: chute du cours boursier d’une entreprise cotée, dommages à la réputation, mise à mal de projets, difficultés dans la transmission d’une entreprise, baisse des ventes, etc. Une étude effectuée en Allemagne l’an passé a révélé que 35% des entreprises ont été victimes de fake news tandis qu’une autre étude effectuée en février 2018 montre que 89% des Français pensent que les rumeurs ont un impact sur les entreprises.

La population est donc largement consciente de l’effet nocif des fake news. Pourtant, nombreux sont ceux qui répandent des nouvelles au contenu douteux, voire qui accréditent certaines thèses complotistes. Une étude du MIT montre que les fake news ont 70% de plus de chance d’être propagées qu’une vraie information sur Twitter. Elles sont aussi colportées plus loin et vivent plus longtemps que les informations vérifiées.

Si les médias ont pour mission d’informer, les fake news ont pour mission d’influencer. La presse a donc un rôle important à jouer. A elle de rétablir les faits et de les présenter d’une manière qui donne envie d’en prendre connaissance et les relayer. D’autres moyens existent, comme les sites de fact checking. C’est un moyen, parmi d’autres, d’acquérir un réflexe salutaire de vérification des sources pour pouvoir tordre le cou à la désinformation. L’écosystème économique repose fondamentalement sur la confiance.

Confiance de la part des producteurs, des fournisseurs, des collaborateurs, des distributeurs, des consommateurs. Mais elle est fragile. Il faut y travailler quotidiennement, en communiquant de manière authentique, régulière et proactive. Se former, former et informer sont les armes pour combattre les fake news. Utilisons-les.

 


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