Le succès se construit. Il n'est pas le fruit du hasard.

 | Paru dans Newsletter FER Genève  | Auteur : Stéphanie Ruegsegger, directrice politique générale

Genève n’est pas forcément première de classe dans tous les domaines. On peut railler son endettement endémique, pester contre son taux de chômage supérieur à la moyenne suisse, s’inquiéter des difficultés que traversent certains secteurs. Mais le canton se porte globalement bien et son économie continue d’alimenter fortement les finances de l’Etat et d’offrir des rémunérations parmi les plus généreuses au monde.

Ce miracle tient-il du hasard? Non. Comme pour la Suisse en général, différents facteurs expliquent ce succès. Parmi ceux-ci, une stabilité politique et juridique qui nous préserve des retournements de situation impromptus, une réglementation qui laisse place à la libre entreprise, une tradition d’ouverture et une fiscalité compétitive. Des éléments vitaux, pour la Suisse comme pour Genève.

Ces fondamentaux sont remis en question par trois objets en votation le 17 mai prochain. L’initiative fédérale dite de limitation gomme l’ensemble des accords bilatéraux I, qui assurent une grande partie de notre accès aux différents marchés européens, vitaux pour notre économie qui est un petit marché domestique. Ces accords permettent également de recruter la main-d’œuvre qui fait défaut dans notre canton. Renoncer à notre ouverture, c’est choisir la voie de l’asphyxie. Le deuxième texte est cantonal et entend revenir sur la réforme de l’imposition des entreprises. L’IN 172 exige en effet une réforme «zéro perte». Dans les faits, elle demande la réduction de la concurrence fiscale et le renforcement de la progressivité de l’impôt, et entend que la réforme ne conduise à aucune baisse des prestations et des revenus de l’Etat. Si elle se garde bien de fixer un taux, celui imaginé serait d’environ 16%, soit un niveau rédhibitoire pour certaines entreprises qui assurent une bonne partie de l’impôt des entreprises et qui préfèreront sans doute quitter Genève pour des cieux plus accueillants. Nous aurons perdu des entreprises avec les emplois et les recettes qui leur sont liés, cela sans effet sur le train de vie de l’Etat.

Enfin, le troisième texte, également cantonal, entend instaurer un salaire minimum étatique et unique. Ce n’est pas tant le montant voulu (23 francs de l'heure, indexé dès 2018) que le principe qui pose problème, même s’il est vrai que ce minima étatique créera des difficultés pour des secteurs déjà fragilisés. En imposant un salaire minimum étatique, identique pour tous les secteurs, l’IN 173 fait fi du partenariat social, qui tient compte des particularités propres aux différentes branches et qui permet notamment à notre canton de proposer des rémunérations élevées.

Le 17 mai prochain, ce sont nos valeurs et nos fondamentaux qui sont remis en question. Souvenons-nous à quoi nous devons notre succès avant de nous laisser séduire par un aventurisme dangereux.