Limite au frontières: adieu les Suisses

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : KAMPFEN, Véronique

Après l’initiative contre l’immigration de masse et sa douloureuse mise en oeuvre, revoici l’UDC à pied d’oeuvre avec un texte intitulé Limite aux frontières. Le parti d’extrêmedroite n’ayant pas goûté le fait que la libre circulation existe encore, malgré le fait qu’elle soit désormais encadrée et que les référendums lancés contre sa mise en application n’aient pas réussi à atteindre le nombre de signatures requis dans le temps imparti, il revient avec un texte demandant la suppression de cette même libre circulation des personnes et, pour éviter toute interprétation possible, qu’«aucun accord de droit international octroyant la liberté d’entrer sur le territoire (suisse) à des ressortissants étrangers ne puisse être conclu». Pour le coup, c’est clair et définitif.

L’artiste Ben n’avait peut-être pas raison en écrivant que «la Suisse n’existe pas». En revanche, il aurait pu avoir raison en écrivant «la Suisse n’existera plus». Les raisons en sont simples: le taux de renouvellement d’une population réclame 2,1 enfants par femmes. Les Suissesses n’en font que 1,43. Les femmes de nationalités étrangères résidant en Suisse font à peine mieux avec 1,86 enfant, mais cela permet tout de même de ralentir la dénatalité, qui est compensée par des personnes souhaitant s’installer en Suisse.

En bref, si on ferme les frontières, il n’y aura bientôt plus personne dans le pays. Mais avant que cela devienne un no man’s land, il y aura une période extrêmement pénible durant laquelle l’économie ne fonctionnera plus et où les charges sociales de tous types ne pourront plus être payées. S’ensuivra probablement un phénomène d’émigration, les quelques jeunes Suisses existant encore se tournant vers l’étranger, pour ceux qui le peuvent et si les pays de la communauté internationale les acceptent, pour y vivre une existence plus dynamique.

Le modèle qui nous est proposé est celui du Japon, qui perd chaque année plus de cent dix mille personnes. Le pays du soleil levant essaie par tous les moyens d’encourager les hommes et les femmes en âge de procréer de faire des enfants, seulement voilà, l’incitation étatique sur un sujet aussi privé semble ne pas fonctionner. Des enfants-robots ont même été créés pour offrir aux couples la possibilité d’expérimenter la merveilleuse aventure de la parentalité avant de passer concrètement à l’acte.

Là aussi, les résultats ne sont pas concluants. Avec moins de 2% d’étrangers dans l’archipel, la situation peut ressembler au paradis pour l’UDC, mais pour les Japonais, elle vire lentement au cauchemar. Avant de lancer une énième initiative sur le même sujet, l’UDC ferait mieux de laisser passer un peu de temps pour voir comment se passe l’application au quotidien de l’initiative contre l’immigration de masse. Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. Christoph Blocher et ses acolytes feraient bien de méditer ce sage adage.


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