Loi sur les armes: combat incohérent et disproportionnné

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Blaise Matthey, directeur général FER Genève

Le référendum contre la loi fédérale sur les armes n’a en soi rien de surprenant, mais en vaut-il vraiment la peine? Parce que même si certains pensent que l’on doit préserver les mythes fondateurs de la Confédération, il faut savoir raison garder et mesurer la portée extrêmement limitée des restrictions qu’apporte la loi. Les arbalétriers pourront continuer à tirer sans autorisation. De même que les chasseurs ou les militaires qui ont conservé leur arme d’ordonnance. Ne sont visés que les détenteurs d’armes semi-automatiques à grande capacité. Un point, c’est tout, et ça ne fait pas plus de 10% des armes en circulation.

La seule obligation pour leurs détenteurs consistera à demander une autorisation, puis à être affilié à une société de tir ou à démontrer une pratique régulière du tir avec leur arme. Une sorte de contrôle de la vue comme pour les automobilistes, mais en plus atténué. On peine donc à saisir le déluge de feu que les référendaires font pleuvoir contre la loi sur les armes, allant jusqu’à parler d’atteinte aux droits humains pour le droit aux armes. On n’est pas au Texas, non? A cela s’ajoute le fait qu’elle ne servirait à rien, puisque les restrictions ne seraient pas à même d’atteindre l’objectif consistant à mieux contrôler les armes de gros calibres utilisées dans de nombreux conflits et délits en Europe. On reste pantois devant un tel argument. Fallait-il en faire davantage, ce qui aurait immanquablement généré une grogne bien plus vaste? Doit-on attendre un drame pour agir?

Refuser la loi aura pour conséquence, bien plus grave et automatique, de faire sortir la Suisse de l’espace Schengen/Dublin, soit d’affaiblir massivement sa sécurité. Cette sortie aura pour corollaire l’accueil des délinquants d’Europe, qui ne pourront plus être identifiés au moyen du système d’échange d’information européen. S’y ajouteront tous les demandeurs d’asile qui n’auront plus à craindre de renvoi.

Enfin, le plus faible des arguments des opposants consiste en une prétendue augmentation de la bureaucratie. La modification de la loi fédérale est le fruit d’une négociation avec l’Union européenne dans le cadre de la modernisation de l‘espace Schengen/Dublin. Si nous devons quitter l’espace sécurisé européen, il faudra réintroduire des contrôles aux frontières, ce qui coûtera cher. Il n’y aura plus de visa Schengen émis par la Suisse et nous n’en bénéficierons plus. Qui voudra payer pour cela? Qui sera prêt à remplir des monceaux de formulaires pour savoir s’il peut voyager en Europe? Pour toutes ces raisons, et parce qu’aucun d’entre nous ne peut raisonnablement aspirer à devenir un citoyen de seconde zone en Europe pour un fusil à gros chargeur, il faut accepter la loi sur les armes.


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