No Billag ou la mort annoncée du paysage audiovisuel Suisse

 | Paru dans Newsletter FER Genève  | Auteur : Véronique Kämpfen
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Avez-vous été voir la Revue 2017? J’espère que oui. Une excellente cuvée, au rythme enlevé, avec des artistes de talent. Et pour celles et ceux qui ont raté ça, la RTS l’a diffusée la semaine passée à la télévision.

Même mes jeunes ados ont bien ri, c’est dire à quel point cette Revue a été un succès. Pour 2018, il va peut-être falloir se dépêcher de réserver nos places au Casino Théâtre. Si l’initiative No Billag, qui vise à supprimer la SSR en lui coupant les vivres, est acceptée le 4 mars, les chances qu’une télévision privée retransmette un spectacle comme la Revue sont minces.

Aujourd’hui, plus de 60% du marché télévisuel suisse sont occupés par les télévisions étrangères. La SSR fait 30% de parts de marché et les télévisions privées suisses, comme Léman Bleu ou Canal Alpha, en font 7%. Si la SSR disparaît du paysage médiatique, ce ne sont sans doute pas les télévisions privées suisses qui vont combler les 30% laissés libres, puisqu’elles aussi dépendent grandement (à plus de 50%) de la redevance radio-TV que No Billag entend supprimer.

En gros, nous ne regarderons plus que Netflix ou M6, deux entreprises qui, gageons-le, ne seront que peu intéressées à relayer de l’info culturelle locale suisse. Il en irait de même pour la politique suisse. Rappelons-nous le traitement que les radios et télévisions françaises ou allemandes font des initiatives et référendums suisses. Dans la grande majorité des cas, elles n’en parlent pas, sauf pour commenter après coup et en raillant les résultats d’initiatives comme celle pour six semaines de vacances ou celle sur l’interdiction des minarets.

Des textes fondamentaux, comme Prévoyance 2020 ou la Loi sur l’énergie, ne suscitent que peu l’intérêt des médias hors de nos frontières – pas assez vendeur, sans doute. Les réseaux sociaux ne pourront probablement pas jouer non plus le rôle du débat démocratique, leurs utilisateurs ayant tendance à n’y consommer que les infos qui les intéressent; ils ne se confrontent donc pas à une autre pensée que leur opinion originelle, ce qui va à l'encontre de la formation d’une opinion politique. Rendre la télévision et la radio payantes en fonction de ce que l’usager souhaite consommer ne fonctionnera probablement pas non plus.

Seuls le sport, le porno et les films à très large public arrivent tant bien que mal à être rentables avec des modèles de Pay-TV et à attirer suffisamment de publicités pour assurer leur financement.

Bref, si on souhaite garder un paysage audiovisuel qui traite de sujets suisses et romands, vouloir supprimer la redevance radio-TV n'est pas une bonne idée. On a beau faire de savants calculs, couper 75% du budget d’une entreprise en l’espace de neuf mois – puisque c’est ce que prévoit l’initiative – et espérer que la SSR puisse se maintenir à flot, même avec une offre très largement diminuée, est aberrant.


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