Obligation d'annonce: premiers chiffres encourageants

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Véronique Kämpfen

En juillet 2018 a été mise en oeuvre l’obligation d’annonce des postes vacants auprès des offices régionaux de placement pour les secteurs d’activité ayant un taux de chômage de plus de 8% en Suisse. Ce plafond s’abaissera à 5% au 1er janvier 2020. Cette mesure, instaurée en réponse à l’initiative contre l’immigration de masse pour inciter les employeurs à recruter davantage de résidents au lieu d’engager des travailleurs étrangers, a-t-elle porté ses fruits? Difficile à dire, les chiffres étant encore lacunaires. Un fait, cependant, ressort: le nombre de postes annoncés a dépassé les estimations de la Confédération. Celle-ci avait tablé sur cinquante-cinq mille annonces pour les dix-neuf secteurs touchés, alors que plus de deux cent mille postes ont été annoncés!

Seul le canton de Zurich a sorti ses chiffres, qui montrent un effet réjouissant de la mesure. En treize mois, son office de l’emploi a reçu quelque vingt-quatre mille annonces issues des secteurs concernés par l’obligation. Trois mille cinq cents candidats ont été invités à un entretien et mille cinq cents d’entre eux ont été embauchés. Si cette tendance se confirme pour l’ensemble des cantons – des chiffres nationaux sont attendus à l’automne – et qu’elle s’inscrit dans la durée, alors l’opération aura été un succès.

Un autre facteur du succès de cette mesure, s’il se confirme, pourrait être la pénurie de main-d’oeuvre qui se fait de plus en plus sentir en Suisse. Une étude d’UBS vient de tirer la sonnette d’alarme: il pourrait manquer plus de trois cent mille travailleurs en Suisse d’ici à dix ans. Les secteurs qui en auront le plus besoin sont les soins et la santé, l’industrie et le secteur financier. Le défi est donc de faire évoluer rapidement les travailleurs pour que leur profil corresponde aux besoins du marché du travail. Des efforts de formation doivent aussi être portés sur les personnes au chômage.

En revanche, peut-on faire un lien de cause à effet entre l’obligation d’annonce et la diminution de l’immigration? Cette dernière n’a en effet cessé de baisser depuis 2014, donc bien avant l’entrée en vigueur de cette mesure. Peut-elle être une solution pour combler le manque de personnel? L’étude indique qu’elle se heurte à «une forte résistance politique et sociale». Ces réflexes protectionnistes vont à l’encontre des besoins du marché du travail. Au vu de ce constat, qui peut s’avérer catastrophique pour l’économie à moyen terme, un recrutement volontariste des personnes au chômage, doublé d’une vigoureuse stratégie de formation initiale et continue, n’est sans doute pas la plus mauvaise des solutions. Mais elle ne pourra pas être la seule.