Plusieurs moyens de paiement se disputeront consommateurs et commerçants

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Pierre Cormon
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Alors que l’on parle depuis des années de l’introduction de nouveaux moyens de paiement plus simples et plus efficaces, les choses sont en train de se préciser. Plusieurs solutions viennent d’être lancées ou devraient l’être prochainement. Elles sont de simples améliorations de systèmes existants ou des innovations de rupture. Elles sont lancées par des start-up, de grandes entreprises suisses ou des géants internationaux. Les unes sont liées à une carte de crédit ou à un compte en banque, les autres en sont complètement indépendantes. Parallèlement, le secteur des terminaux de paiement, qui ne bougeait pas beaucoup jusqu’à présent, a vu apparaître des nouveautés qui bousculent le marché.

Panorama des principales innovations.

Le téléphone comme porte-monnaie

Il s’agit d’une approche qui s’est d’abord développée en Afrique, notamment avec le système kenyan M-Pesa. La généralisation des smartphones lui offre de nouvelles perspectives. Google, Apple, Samsung et MasterCard, notamment, ont lancé des systèmes encore indisponibles en Suisse. En Suisse, Swisscom, Orange (désormais Salt) et Sunrise se sont associés pour créer Tapit, qui permet d’effectuer des paiements sans contact jusqu’à quarante francs (lire ci-dessous). Et Six Group développe un système de paiement de particulier à particulier. Ces systèmes peuvent le cas échéant être utilisés en lien avec une montre électronique.

La plupart de ces systèmes consistent à virtualiser la carte de crédit dans son téléphone – c’est le cas de Tapit ou d’Apple Pay. Ce lien avec la carte de crédit est à la fois un avantage et un inconvénient. L’avantage: la transition, pour les commerçants, est facile, puisqu’ils sont déjà familiers du système. L’inconvénient: il continue à reposer sur la structure complexe du paiement des cartes de crédit, conçue pour une technologie moins avancée. «Cela coûtera plus cher au final», pronostique Andreas Dietrich, professeur à la HEC Lucerne, qui suit attentivement ces mutations. En outre, une grande partie des consommateurs des pays pauvres ne possède pas de cartes de crédit, ce qui les exclut de ces systèmes. Une start-up suisse, Mobino, a pour sa part développé une solution qui ne nécessite ni carte de crédit, ni intermédiaire, ni terminal de paiement.


Le système Twint, de Postfinance, a été développé à partir de la technologie Mobino. Le client n’a besoin que d’un smartphone, quel qu’il soit. Le détaillant peut encaisser des paiements à partir d’une caisse enregistreuse, d’une tablette ou d’un smartphone. Les frais de transaction s’échelonnent de deux centimes (pour une transaction égale ou inférieure à cinq francs) à vingt centimes (pour une transaction supérieure à cent francs).

Twint devrait être mis en service dans les magasins Coop au deuxième ou au troisième trimestre 2015.

Le paiement sans contact

Swisscom, Sunrise et Orange se sont associés pour lancer un système de paiement par smartphone: Tapit. Il consiste à intégrer les données de la carte de crédit sur sa carte SIM et à faire communiquer cette dernière avec le terminal de paiement, par l’intermédiaire d’une technologie appelée NFC. Cela permet d’effectuer des paiements sans contact et, jusqu’à quarante francs, sans avoir à taper de code. Le système peut avoir d’autres applications. «Tapit donne également la possibilité d’ouvrir des portes ou de collecter des points de fidélité», explique Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom. «Plusieurs partenaires potentiels ont déjà manifesté leur intérêt et nous sommes en discussion régulière avec eux.»

La solution s’accompagne cependant d’un certain nombre de contraintes. Il faut posséder un smartphone compatible – ce n’est notamment pas le cas des iPhones. Il faut changer sa carte SIM. Il faut télécharger une application. Et il faut avoir une carte de crédit ou de débit compatible – la Maestro, la Postcard et les cartes de crédit émises par UBS, par exemple, ne le sont pas encore. Elle ne peut être utilisée que dans des magasins équipés de lecteurs adaptés – c’est notamment le cas de Coop.

De nouveaux terminaux de paiement

Les terminaux de paiement mobiles ont longtemps coûté plus de mille francs et c’est encore le cas de la plupart de ceux que proposent les acteurs traditionnels du marché. Mais les choses sont en train de changer. «La concurrence croît et les prix baissent», se réjouit Rolf Hartl, porte-parole de l’Association pour les paiements électroniques, qui défend les intérêts du commerce. Deux nouveaux types d’offres se dessinent:

  • des terminaux classiques à des prix très nettement inférieurs: c’est notamment ce que propose Be-Cash (lire l’article ci-dessous);
  • une technologie permet de transformer un smartphone ou une tablette en terminal de paiement, à l’aide d’un petit accessoire. Elle est notamment proposée par les acteurs traditionnels du marché suisse, comme UBS, SIX Group et Aduno, même si, pour ces deux derniers, ils pourraient en partie concurrencer leurs propres terminaux. «Parfois, il faut attaquer son propre marché, sinon, ce sont les concurrents qui le feront», remarque Andreas Dietrich. La technologie vise notamment les professionnels effectuant trop peu de transactions pour rentabiliser un terminal traditionnel: «Les artisans, les chauffeurs de taxi, les fitness…», énumère Andreas Dietrich.

Des applications de détaillants

2013 un système permettant à leurs clients de payer avec leur smartphone, grâce à une application gratuite. La Banque Migros est pour sa part en train de mettre au point sa propre application, qui permettra à ses clients de régler leurs achats chez le fournisseur sans passer par une carte de crédit, ce qui lui permettrait d’échapper aux commissions payées aux intermédiaires. Plusieurs autres détaillants proposent des systèmes permettant de régler ses achats par smartphone.



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