Populisme, espérance de vie et durabilité

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Blaise Matthey

La poussière des dernières élections fédérales à peine retombée, le monde politique va devoir réattaquer des dossiers fondamentaux. La question de la migration sera l’un d’entre eux, ainsi que celui de l’accord-cadre avec l’Union européenne. On verra comment la gauche sortira de l’ornière dans laquelle son refus de faire évoluer les mesures d’accompagnement l’a mise. Car derrière les précautions d’usage, le message risque bien d’être incompréhensible pour le citoyen. La gauche refuse en effet la signature d’un accord-cadre avec l’Union européenne sous prétexte d’un affaiblissement des mesures d’accompagnement au marché du travail. Ce faisant, elle appuie indirectement l’initiative de résiliation de la libre-circulation.

En faisant preuve d’un minimum de flexibilité dans ce dossier, la gauche et les syndicats apporteraient de la clarté au débat sur la libre-circulation et lèveraient les doutes quant à leurs intentions. A défaut, ils risquent d’être taxés d’aussi conservateurs que certaines forces de droite qu’ils pourfendent à longueur d'année. La question des retraites sera elle aussi rapidement sur le devant de la scène. Le prélèvement pour l’AVS de 0,3% qui sera effectué dès le 1er janvier assure l’équilibre financier pour trois ans, mais ne résout pas la question à plus long terme. En 2040, 2,4 actifs financeront un retraité contre 7 en 1948, au moment de l’introduction de l’AVS. Des retraités qui sont en bonne santé et qui vivent plus longtemps grâce aux progrès de l’alimentation et de la médecine, notamment.

La mesure la plus simple, la plus équitable pour les générations et la plus durable du point de vue financier consiste à réévaluer l’âge donnant droit à une rente de retraite pleine. C’est la voie suivie par la plupart de nos voisins qui la conditionnent en outre à l’évolution démographique. Verra-t-on donc les tenants de la durabilité verte aller dans cette direction? Ou préféreront-ils là aussi s’allier objectivement aux partisans de la fermeture de nos frontières, qui seront ceux de la faillite des systèmes de sécurité sociale, faute de renouvellement des générations? L’avenir le dira.

Le plus tentant sera probablement de proposer dans l’intervalle, faute de courage, une multitude d’impôts de toutes sortes, au risque d’étouffer la Suisse sous la charge fiscale. On peut douter que le citoyen ait très envie d’aller dans cette direction, quel qu’ait été le résultat des élections.