Préparer des jeunes issus de l’asile à l’apprentissage

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Pierre Cormon

Il faut intégrer le plus possible de personnes issues de l’asile dans le monde du travail, afin de leur permettre d’être autonomes financièrement et de cesser d’émarger à l’assistance publique. C’est l’objectif de l’agenda d’intégration adopté par la Confédération et les cantons (lire en page 3). Pour l’atteindre, une des mesures qu’il prévoit est la création d’un préapprentissage d’intégration. Un projet pilote sera mis en œuvre dès cet été dans dix-huit cantons, dont l’ensemble des cantons romands.

Les personnes éligibles pour y participer sont des réfugiés reconnus (dotés d’un permis B) et les admis provisoires (permis F) de 16 ans à 35 ans. Malgré la qualification d’admis «provisoire», ces personnes resteront pour la plupart longtemps en Suisse, voire définitivement. Beaucoup d’entre eux sont très désireux de s’intégrer et de travailler. Cela leur est pourtant difficile, parce qu’ils ont des problèmes de langue, comprennent mal la culture suisse ou n’ont pas de formation valorisable sur le marché du travail. Actuellement, ils sont nombreux à suivre des programmes d’occupation à l’Hospice général, qui débouchent rarement sur une qualification et un emploi.

Accompagnement personnalisé

Pour lever ces obstacles, la Confédération accordera aux cantons, dans le cadre du projet pilote, treize mille francs par bénéficiaire, ce qui permettra d’accompagner des jeunes sur le marché de l’emploi de manière individualisée – c’est ce qu’on appelle le case management. Ils les prépareront à effectuer un apprentissage (attestation fédérale de formation professionnelle, AFP, ou certificat fédéral de capacité, CFC), grâce à un préapprentissage d’intégration d’une année. Ce dernier vise à leur donner les compétences pratiques, scolaires et linguistiques requises pour travailler dans un secteur professionnel donné.

Le programme alliera théorie et pratique: les participants effectueront trois jours par semaine en entreprise et deux jours en école (à Genève: au Centre de la transition professionnelle ou à l’Université ouvrière). Les trois jours en entreprise leur permettront de se familiariser avec le monde du travail et de suivre quelques modules du plan de formation de l’AFP (apprentissage en deux ans, débouchant sur un titre de degré inférieur à celui du CFC). Les deux jours en école viseront à combler leurs lacunes, notamment en langue et en mathématiques, à les familiariser avec les normes et les valeurs du pays et à les préparer aux entretiens d’embauche.

Six secteurs économiques ont été choisis pour les accueillir: la santé, l’administration, l’intendance, la logistique, le nettoyage et l’hôtellerie-restauration. «Ce sont des secteurs dans lesquels existe une AFP et qui connaissent un problème de relève», explique Serge Baehler, directeur à la direction générale de l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC). D’autres secteurs pourront s’y ajouter par la suite, pour autant que les associations professionnelles soient partantes. «Il s’agit d’une condition, bien compréhensible, posée par le Secrétariat d’Etat aux migrations», note Serge Baehler.

Sélection

Deux cent quatre-vingts jeunes devraient suivre le programme genevois les quatre prochaines années; la première volée le débutera à la rentrée prochaine. Ils seront sélectionnés par l’OFPC, l’Hospice général et les écoles sur la base de leur niveau de français, de leur expérience ainsi que de leur motivation. L’employeur leur versera l’équivalent d’un demi-salaire d’apprenti en première année d’AFP. Les résultats (proportion de personnes entrées en apprentissage ou en emploi) seront examinés chaque année par la Confédération. Ceux qui achèveront le programme se verront délivrer une attestation cantonale de préapprentissage.

Des programmes de formation adaptés ont été mis sur pied avec les organisations professionnelles concernées, comme par exemple l’Association genevoise des entrepreneurs de nettoyage et de services ou la Communauté d’intérêt pour la formation commerciale Genève (CIFC). Une vingtaine de places doivent encore être trouvées. Deux conseillères en formation ont été engagées et démarchent les employeurs intéressés. «Nous les rendons attentifs au fait que ce projet a un côté citoyen», raconte Serge Baehler. «Et que les bénéficiaires sont sélectionnés et qu’ils sont très motivés. Ce ne sont pas des personnes en situation d’échec. Leur principal problème est le niveau de français, mais il s’atténue avec le temps.»

«Nous sommes favorables à ce projet en termes d’intégration», relève Frank Sobczak, directeur de la formation à la Fédération des Entreprises Romandes Genève. «Le défi pour ce programme pilote sera la création de nouvelles places de préapprentissage sans diminuer l’offre d’apprentissage traditionnelle.»

Les entreprises intéressées peuvent prendre contact avec l’OFPC (022 388 46 36, 022 388 46 41, preapprentissage@etat.ge.ch).


Découvrez d'autres articles

Mieux suivis, les apprentis genevois réussissent mieux

Mieux suivis, les apprentis genevois réussissent mieux

6 décembre 2019 - Paru dans Entreprise romande

Alors qu’il y a une dizaine d’années le dispositif genevois de surveillance de l’apprentissage était notoirement insuffisant, un nouveau système a été mis en place. Depuis, la situation des...

Lire plus
L’apprentissage effectue peu à peu sa mue numérique

L’apprentissage effectue peu à peu sa mue numérique

3 septembre 2019 - Paru dans Entreprise Romande

Comment les défis de la numérisation de l'économie sont-ils pris en compte aujourd'hui en Suisse dans les processus de formation professionnelle?

Lire plus
Röstigraben dans la formation professionnelle supérieure

Röstigraben dans la formation professionnelle supérieure

4 mars 2019 - Paru dans Entreprise Romande

La formation professionnelle supérieure est moins répandue en Suisse romande qu’en Suisse alémanique. C’est en partie parce que les Romands privilégient d’autres types de formations, explique Frank...

Lire plus