Réflexe PAVlovien

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Flavia Giovannelli

Pour qui et comment faut-il construire? Telle est la vraie double question qui se pose dans la votation du 10 juin concernant le projet de loi modifiant le quartier du PAV (comme «Praille-Acacias-Vernets»).

En effet, tout le monde sait que Genève manque cruellement de logements. Malgré ce constat, le dossier du PAV, qui doit devenir l’un des plus vastes projets urbanistiques du canton et même d’Europe, est bien enlisé, puisque ses prémices remontent aux années 2000. Avec une grande majorité des terrains déjà occupés, surtout par des entreprises, il est clair que l’aménagement de ce site central ne va pas de soi. Inévitablement, le texte de loi qui est soumis au vote est donc le fruit de compromis, pour tenter de concilier toutes les attentes des milieux privés comme du monde économique.

L’un des principaux reproches que l’on peut faire à ce texte, c’est la proportion de logements d’utilité publique qui doit atteindre 62% sur les terrains propriété des collectivités publiques. C’est énorme, bien au-delà de ce que pratiquent les autres quartiers de Genève, dont la politique du logement préconise explicitement un seuil de 20%. Une telle proportion est aussi recommandée à l’étranger, pour garantir la mixité et l’intégration. En France, par exemple, la politique en la matière prévoit un seuil entre 20% et 25%. Le futur PAV devrait accueillir près de douze mille appartements en tout, soit l’équivalent de six années de production de l’ensemble du canton. On imagine donc le poids d’une telle option.

Malgré les arguments des partisans du PAV et une bataille des chiffres plus ou moins complexes, les faits sont là: cette approche n’est pas la bonne. Elle fait craindre de manière légitime une «ghettoïsation» du PAV. De plus, tel qu’il est conçu, ce projet ne répondrait pas à deux fortes demandes de la classe moyenne. Celle-ci souhaite trouver une location adaptée dans le canton, évitant ainsi de devoir migrer en France voisine ou dans le canton de Vaud. Enfin, de nombreux Genevois espèrent accéder enfin à la propriété. Or cette option est d’autant plus limitée dans ce cas.

Rappelons que si cette loi est refusée le 10 juin, ce n’est pas tout le projet PAV qui est remis en cause. La loi actuelle continuera à s’appliquer et elle n’empêche en aucun cas de construire, même si la proportion d’un logement pour un emploi n’est pas très heureuse. Prétendre élever cette proportion à deux logements pour un emploi en augmentant massivement la proportion de logement social ne fait pas sens. En résumé, c’est le visage de Genève qui peut changer demain. Afin que l’on puisse être fier de sa réalisation et des conséquences sociales qu’elle aura, mieux vaut ne pas voter une modification de loi «faute de mieux». Il en ressortirait des perspectives peu enthousiasmantes dues aux querelles qui persisteraient et sans doute aucun gain de temps. Quant aux investisseurs, ils sont déjà perplexes, vu le type d’objets envisagés!


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