Relations internationales: la naïveté n'a plus cours!

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Marie-Hélène Miauton
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Dans nos relations de partenariat international, le principe de réciprocité devrait être la norme. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause les accords commerciaux dits préférentiels passés entre des pays développés et des pays en voie de développement, plus favorables à ces derniers dans le but de permettre à des économies très différentes de converger. Parfois même, entre de tels pays, la réciprocité est à bannir, car elle se prétend égalitaire alors qu’elle introduit des injustices flagrantes envers des pays pauvres, particulièrement en matière agricole. En revanche, lorsqu’il s’agit de pays à un degré de développement similaire, la non-réciprocité ne reflète aucune logique sinon celle des rapports de force, ce qui devrait être banni des relations internationales.

C’est d’ailleurs ce à quoi tendent les directives fondamentales en matière commerciale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT). Pourtant, la Suisse juge bon, parfois, de signer des accords unilatéraux, ce qui présente trois défauts graves. D’une part, le peuple les trouve injustes et donc ne les accepte pas. D’autre part, le pays place ses entreprises dans des situations de concurrence déloyale dont elles souffrent inutilement, ce qui nuit au but initialement recherché. Enfin, sur le plan des relations internationales, ces concessions créent des précédents détournent les interlocuteurs de l’orthodoxie libérale et encouragent le chantage.

Cassis de Dijon symbolique

L’exemple de l’accord avec l’Union européenne (UE) dit «Cassis de Dijon» est symbolique. Pour permettre l’importexport entre les pays de l’UE, il stipule que chaque Etat membre est tenu d’accepter sur son territoire les marchandises légalement produites dans chacun des autres. Cela signifie qu’une marchandise produite dans un pays où les règles sont laxistes pourra quand même les vendre dans un marché où elles sont beaucoup plus sévères. La Suisse s’étant dotée au cours du temps d’innombrables normes auxquelles ses producteurs doivent se conformer pour être distribués, elle a donc consenti que les produits importés de l’Europe ne correspondent pas aux prescriptions locales, selon le sain principe que ce qui est satisfaisant pour quatre cent cinquante millions de consommateurs européens doit l’être également pour les Suisses.

Mais, comme elle a signé sans réciprocité, nos sociétés exportatrices fabriquent à la fois selon les lois des différents pays européens et à la fois selon les normes suisses, ce qui est évidemment coûteux et ampute leurs capacités concurrentielles. Comme on pouvait s’y attendre, le résultat n’est pas concluant: la Suisse reste ce fameux «îlot de cherté» qu’il s’agissait de combattre par ce moyen. Autre exemple, plus récent, l’accord FATCA (Foreign Account Tax Compliance Act) signé avec les Etats-Unis permet un échange automatique de renseignement fonctionnant essentiellement dans un seul sens, au profit des Etats- Unis, contrairement à l’EAR (Echange automatique de renseignements) qui fonctionne avec le reste du monde. Les milieux bancaires et politiques ont eu beau à l’époque s’insurger contre cette pratique léonine, le Conseil fédéral s’est incliné. C’est ainsi qu’aujourd’hui, la Suisse informe les Etats-Unis des faits et gestes financiers de ses ressortissants pendant que le Delaware et Miami recyclent sans se gêner l’argent plus ou moins sale du monde entier. Belle morale!

Ni naïveté ni bons sentiments!

La réciprocité exige que les deux signataires oeuvrent sur des bases à peu près similaires. C’est bien ce qui pose problème aux opposants de l’accord-cadre entre la Suisse et l’Union européenne: le différentiel des salaires étant considérable, notre pays entend protéger ses travailleurs grâce à des mesures strictes, qui ne correspondent pas aux normes voulues par l’UE. Il en va de même lors des procédures de marchés publics: est-il bien raisonnable de mettre sur le même pied des pays aux pratiques salariales, sociales et commerciales très différentes? Quant à nos relations commerciales réciproques avec la Chine, elles demandent beaucoup de vigilance tant l’Empire du milieu s’est spécialisé dans les soutiens occultes à certains des secteurs stratégiques de son économie, dans le pillage de la propriété intellectuelle et dans le cyber-espionnage. En un mot comme en cent, le monde actuel ne laisse plus aucune place à la naïveté ni aux bons sentiments: réciprocité, contrôles, lucidité sont désormais les mots d’ordre indispensables pour participer aux relations internationales sans se laisser manger tout cru!


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