Röstigraben dans la formation professionnelle supérieure

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Pierre Cormon

Plus de 80% des personnes ayant passé un brevet fédéral, un diplôme fédéral ou terminé une formation dans une école spécialisée ont constaté un changement positif au niveau professionnel dans l’année qui a suivi. Ce peut être une hausse de salaire, un accroissement de leur influence dans l’entreprise, l’attribution de responsabilités plus étendues, de tâches plus exigeantes, etc. Pourtant, les Latins en sont sensiblement moins friands que les Alémaniques.

C’est ce que montre l’étude Situation des candidats aux examens de la formation professionnelle supérieure, qui a été publiée il y a quelques semaines par la Confédération. Exploitant diverses sources de données, dont une enquête réalisée auprès de seize mille quatre cent quarante-quatre personnes ayant passé un examen de la formation professionnelle supérieure en 2016, elle offre un panorama très vaste de cette filière, qui permet aux titulaires de CFC ou de titres jugés équivalents d’approfondir et de faire reconnaître leurs connaissances.

Environ cent septante titres de formation professionnelle supérieure existent en Suisse, concernant des professions aussi diverses que professeur en navigation de bateau moteur, expert en opération des marchés financiers ou spécialiste en soins aux arbres. Quelque vingt-cinq mille personnes en obtiennent un chaque année. Les brevets et les diplômes fédéraux sont très proches des besoins du marché, puisque ces titres et le contenu de l’enseignement qui y mène sont définis par les organisations du monde du travail (patronat, autres associations professionnelles, voire syndicats dans certains cas). Cela explique sans doute l’impact positif qu’ils ont sur la carrière de ceux qui les réussissent. Dans certains cas, comme celui des électriciens, un diplôme fédéral est même indispensable pour avoir le droit de se mettre à son compte. Ces titres peuvent également permettre d’accéder à certains marchés, par exemple dans le domaine de l’assainissement énergétique. Dans le secteur agricole, le Conseil fédéral envisage même de réserver les paiements directs aux détenteurs d’un brevet fédéral d’agriculteur.

«Ces titres sont donc non seulement utiles pour l’employabilité de la personne, mais aussi pour la compétitivité de l’employeur», juge Frank Sobczak, directeur de la formation à la FER Genève.

Homme alémanique

Le candidat typique est plutôt jeune (moins de quarante ans) et plus souvent de sexe masculin, à part dans certains secteurs traditionnellement très féminins. Et il est alémanique. Le succès de ces filières varie. Les habitants des régions germanophones en sont plus friands que ceux des régions latines – ils représentent 81% des candidats pour 71% des habitants. La majorité de l’offre se trouve dans les grands centres alémaniques. «La ville de Zurich est de loin le principal lieu de formation, devant Berne», remarquent les auteurs du rapport. La seule ville romande classée dans les dix lieux de formation les plus fréquentés est Lausanne, en sixième position (Bienne, bilingue, est dixième).

Il existe donc une certaine désaffection des Latins à l’égard de la formation professionnelle supérieure, malgré les perspectives qu’elle ouvre. Un clivage qui en reflète d’autres en matière de formation professionnelle: les Alémaniques sont aussi proportionnellement plus nombreux à choisir la voie de l’apprentissage dual, à participer aux championnats de métiers et à y gagner des titres. Dans le cas de la formation professionnelle supérieure, cette différence s’explique notamment par l’attirance des Romands pour d’autres filières bien adaptées à une économie tournée vers l’extérieur, estime Franck Sobczak.

Investissement personnel

La formation professionnelle supérieure exige un investissement personnel soutenu. Plus de 94% des candidats au brevet et 98% de ceux au diplôme fédéral ont suivi des cours de préparation, fortement conseillés, qui ont généralement lieu le vendredi et le samedi, sur une période d’environ deux ans. Ils représentent une charge de travail de onze à vingt-trois heures en moyenne par semaine pour un brevet, selon les branches, et de dix-sept à vingt-deux heures en moyenne pour le diplôme. A cela s’ajoute la préparation de l’examen. Autant dire qu’il est difficile d’entreprendre une formation professionnelle supérieure sans l’appui de son employeur. Nombreuses sont les entreprises qui soutiennent ceux qui s’y lancent, que ce soit financièrement ou en les laissant étudier sur une partie de leur temps de travail sans diminution de salaire. En revanche, il est fréquent que l’employeur demande le remboursement de l’aide qu’il a accordée si l’employé le quitte avant une certaine date. Depuis 2018, la Confédération peut également participer aux frais encourus par les candidats.

Quant aux écoles supérieures, elles offrent un enseignement en rapport direct avec la pratique professionnelle et forment des spécialistes dans huit domaines distincts. Cette formation supérieure est également accessible aux porteurs de CFC. «Malheureusement, cette filière est trop rarement adoptée par les employés ayant suivi un apprentissage », constate Frank Sobczak.

 

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La formation professionnelle supérieure couvre des professions très diverses, d’expert en opération des marchés financiers à spécialiste en soins aux arbres.

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