Self marketing: Nos couleurs fétiches nous aident à prendre le pouvoir

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Flavia Giovannelli
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Les neurosciences viennent à la rescousse de ce que chacun d’entre nous sent intuitivement: en portant telle ou telle couleur, ou plutôt telles nuances de couleur, nous produisons un effet qui n’a rien d’anodin. Dans tous les cas, le sentiment d’avoir une bonne image renforce la confiance en soi, c’est prouvé!

Les Grecs se préoccupaient déjà à l’Antiquité du rôle des couleurs sur la psyché humaine. L’effet que les couleurs ont sur des individus est conditionné par leur histoire, par leur environnement et par leurs croyances. D’une époque à l’autre ou d’un peuple à l’autre, les réactions aux couleurs ne sont ainsi pas les mêmes. Les Occidentaux associent par exemple le noir au deuil, alors que les Orientaux lui associent le blanc.

«Johannes Itten, un peintre suisse enseignant au Bauhaus, a mené des tests auprès de ses étudiants. Surpris lui-même par les résultats, il en a produit une théorie de la colorimétrie», explique Fabienne Ferrari, experte en image et animatrice d’un module de cours à la FER Genève (Image de soidans le monde du travail, voir sous www.fer-ge.ch, rubrique Formations et événements; la prochaine formation a lieu le 24 février 2020). Le travail de Johannes Itten s’est avéré suffisamment probant pour qu’il soit largement repris par les spécialistes en marketing. Les professionnels du relooking ont appris à s’en servir pour aider leurs clients à mieux maîtriser leur apparence. L’une des analyses qui a eu le plus de succès est celle qui associe un groupe de tons à une saison. Selon Fabienne Ferrari, qui l’utilise, il semble que nous ayons tous un sous-ton de peau, soit chaud, soit froid. Une fois cette segmentation faite, l’analyste détermine si un teint donné supporte une intensité de couleur plus ou moins forte. Cela débouche sur la théorie des quatre saisons: les personnes «printemps» sont mises en valeur par des tons chauds, mais doux. Les «étés» portent à merveille les nuances froides et claires. Les «automnes» aiment les couleurs chaudes et soutenues, voire saturées. Enfin, les hivers brillent dans les tons froids et intenses.

Pour Fabienne Ferrari, pas question de prendre des raccourcis sur un vague coup d’oeil. Lors de la consultation, elle procède à un examen attentif et rigoureux: elle commence par cacher les cheveux de son client sous une charlotte, avant de tester différents foulards colorés directement contre le visage. Normalement, il doit être facile de se rendre compte de l’effet bonne mine qui en ressort (ou non).

Un nuancier personnel permet de valider ses futurs achats ou de faire un tri dans ses placards. «Nous avons tous intérêt à connaître le rôle psychologique des couleurs pour maximiser l’effet que nous produisons en société», estime-t-elle.

Si elle perdure avec succès, cette méthode - pour certains difficile à suivre - n’est pas la seule. La gourou du style londonienne, Trinny Woodall, fondatrice de Trinny London, préfère simplifier le processus, en classant «approximativement » - comme elle le dit elle-même - les personnes en trois groupes: ceux qui portent bien les couleurs vives et froides; ceux qui doivent aller vers les nuances chaudes et ceux qui se situent dans les tons moyens, pas trop criards et un peu nuancés. Elle s’inspire des travaux existant sur la colorimétrie, tout en évitant d’être trop technique. Elle part du principe que le mieux est l’ennemi du bien et mise sur l’intuition des intéressés plutôt que sur des diktats.

Les hommes, ces bleus

Bruno Grande, fondateur et propriétaire de la marque suisse de prêt-à-porter masculin Ka/Noa, s’adresse à des clients masculins en quête de conseils personnalisés. Sur le chapitre des couleurs, il en connaît un rayon: «J’ai beaucoup voyagé dans ma vie. J’ai imaginé une garde-robe qui tienne dans une valise à roulette et qui soit interchangeable pour toute occasion, de la plus habillée au cocktail informel entre amis», explique-t-il. Avec l’expérience, l’entrepreneur met l’accent sur les tons sobres, plus faciles à mixer: les gris, les beiges et surtout les bleus, sa couleur préférée. «J’aime tous les bleus. Cela va à tout le monde et ça ne peut pas être moche», avance celui qui n’aime pourtant pas les clichés. Bruno Grande estime que les couleurs claires ne sont pas réservées exclusivement aux beaux jours, ni que certains peuples portent plus facilement les couleurs vives que d’autres. Pour lui, l’audace ne réside pas dans des interdits, mais plutôt dans l’art de marier les tons.

Couleurs fortes au bureau?

De manière générale, les experts du style recommandent de miser sur des teintes neutres lorsqu’il faut être pris au sérieux dans le milieu professionnel. C’est d’autant plus vrai dans les métiers traditionnels ou qui imposent le port d’un uniforme. La marge de manoeuvre se réduit alors aux accessoires, mais ils peuvent à eux seuls contribuer à ce qu’une personne se sente plus en accord avec sa nature profonde, car c’est l’objectif.

L’important serait de rester ouvert aux changements de moeurs, la couleur véhiculant un message. Veronika Koller, une linguiste austro-britannique, estime par exemple que le rose, dont certains se méfient au travail, doit être réhabilité dans cet univers. Selon elle, dans la foulée de la montée au pouvoir des femmes, une majorité d’individus associe désormais le rose à l’indépendance et à la féminité post-féministe, évoquant force et progrès. Bref, les couleurs sont en perpétuelle évolution.