Six Romands aux championnats du monde des métiers

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Pierre Cormon
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La fondation SwissSkills a entrepris d’encourager les Latins à participer davantage aux championnats de métiers, beaucoup plus connus en Suisse alémanique. Six Romands concourront dès la semaine prochaine aux Worldskills de Kazan, un record.

Il y a deux ans, aucun Romand n’a participé à la dernière édition des WorldSkills – les Championnats du monde des métiers, qui se tenaient à Abu Dhabi. Cette année, pour l’édition qui se tiendra à Kazan (Russie) du 22 au 27 août, ils seront six parmi les quarante-deux membres de l’équipe suisse. Un record. «C’est le résultat des SwissSkills 2018 (l’édition centralisée des championnats suisses des métiers - ndlr) et du gros effort pour promouvoir ces compétitions en Suisse latine», estime Selina Küpfer, chargée de la communication et de la coordination pour la Suisse latine de la fondation SwissSkills, l’organisme qui organise les championnats suisses SwissSkills et la participation suisse aux EuroSkills et aux WorldSkills.

Il y a peu, les championnats de métiers étaient en effet une affaire essentiellement alémanique. «Les championnats de métiers sont issus des écoles de formation professionnelle, qui voulaient se comparer les unes aux autres» (lire ci-dessous), raconte Laurent Seppey, chef d’équipe des candidats suisses des prochains WorldSkills et enseignant au Centre de formation professionnelle et technique, à Genève. «Ce sont néanmoins des écoles alémaniques qui ont pris les choses en main. D’anciens participants aux championnats de métiers, devenus patrons, formateurs ou responsables d’associations professionnelles ont encouragé les jeunes à y participer, ce qui a créé un effet boule de neige.» Parfois, l’émulation se fait au sein même de la famille: le Bernois Michael Schranz a assisté aux WorldSkills 2017 en tant que spectateur pour encourager son frère Beat, qui est devenu champion du monde des installateurs électriques. Il y participera lui-même cette année, dans la branche contrôle industriel.

En Suisse romande et au Tessin, en revanche, les championnats de métiers restent peu connus, même s’ils comptent quelques fervents défenseurs. «Quand je dis que je vais participer aux WorldSkills à un Romand, il faut souvent que je lui explique ce que c’est», raconte la Vaudoise Aurélie Fawer, championne suisse de carrosserie-peinture (lire en page 7). «En Suisse alémanique, les gens savent généralement de quoi je parle.»

Les mauvaises langues surnommaient donc SwissSkills «SwissGermanSkills» et si ses responsables regrettaient publiquement le peu de participation des Latins, on ne percevait pas d’efforts démesurés pour changer la situation. Des conférences de presse étaient tenues avec des interlocuteurs exclusivement alémaniques, des documents n’étaient pas traduits, ou avec retard. Le Secrétariat d’Etat à l’éducation, la formation et l’innovation (SEFRI), qui subventionne SwissSkills, a donc exigé des efforts plus soutenus, à la suite d’une évaluation menée en 2013. Une chargée de communication a été engagée pour promouvoir les activités de SwissSkills dans les cantons latins. «Aujourd’hui, la communication se fait en trois langues, adaptant le contenu pour le public des différentes régions linguistiques», assure Selina Küpfer. Les associations professionnelles romandes et tessinoises ont aussi été démarchées pour les inciter à présenter des candidats aux championnats suisses. En 2018, les résidents des régions francophones ou italophones représentaient 19% des participants (mais 29% de la population) et ont remporté 19% des titres.

La centralisation des championnats de la plupart des métiers en une seule manifestation baptisée SwissSkills, à Berne, en 2014 et 2018, a également donné davantage de visibilité à ces compétitions et les élèves des cantons latins l’ont visitée en masse. Pendant la dernière édition, quarante-six mille télé-spectateurs ont également suivi le direct de la RTS pendant au moins quinze minutes, avec une moyenne de vingt-quatre mille spectateurs. «Il s’agit d’une bonne audience pour un samedi après-midi, légèrement au-dessus de la moyenne de cette case horaire», juge Christophe Minder, responsable relations médias à la RTS.


Une vitrine pour la formation professionnelle suisse

La Suisse aux WorldSkills, c’est un peu comme la Jamaïque en athlétisme. Un pays qui, malgré sa petite taille, joue toujours les premiers rôles. «C’est dû à l’excellence de son système de formation professionnelle», juge Selina Küpfer. Les candidats d’autres pays se préparent pourtant beaucoup plus longuement, notamment en Extrême-Orient et au Brésil. «Ils sont sélectionnés très tôt et passent parfois plusieurs années à s’entraîner», raconte Laurent Seppey. Pourtant, à l’arrivée, les Suisses font jeu égal ou mieux. Pourquoi?
«Parce que dans une compétition, on ne peut pas toujours tout planifier», répond Laurent Seppey. «Or, ces pays forment leurs jeunes en école, où il n’y a  pas beaucoup de place pour l’imprévu. Pour se préparer aux compétitions, ils répètent les mêmes gestes pendant des années. Dès qu’ils sortent de ce cadre, ils sont beaucoup moins à l’aise. Nos jeunes, en revanche, ont l’expérience du travail en entreprise, où les imprévus sont fréquents. Tout d’un coup, à 9 heures, on change de plan ou on s’aperçoit qu’il manque du matériel. Il faut alors improviser. Nos candidats sont donc beaucoup plus aptes à faire face aux imprévus.» «Nos entraîneurs nous disent: si quelque chose ne se déroule pas comme prévu, c’est un avantage pour vous», ajoute Aurélie Fawer.

Le règlement a d’ailleurs été modifié à partir des WorldSkills 2017, à Abu Dhabi, pour intégrer une plus grande part d’inconnu. Et ce n’est certainement pas un hasard si la Suisse, cette année-là, a été particulièrement brillante, avec onze médailles d’or et une deuxième place au classement des nations, derrière l’immense Chine.

 


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