Soins dentaires: des millions qui font grincer les dents

 | Paru dans Newsletter FER Genève  | Auteur : Véronique Kämpfen

L’initiative genevoise sur les soins dentaires coûtera, si elle passe en votation le 10 février, 300 millions de francs par année. Au bas mot. Elle propose de rembourser les soins dentaires de base à toute la population. S’ensuit une question, non encore élucidée à ce jour: que comprend le terme «soins dentaires de base»? Plus ce catalogue sera étoffé, plus la facture sera lourde.

L’effet arrosoir de cette initiative est une autre de ses pierres d’achoppement, et non des moindres. Tout le monde se verrait rembourser ces soins de base, même des personnes avec un niveau de revenu élevé. De l’autre côté de l’échelle des salaires, les personnes en difficulté, à Genève, disposent déjà de soutiens, voire de la gratuité pour la prise en charge des frais dentaires. C’est ainsi le cas pour les personnes au bénéfice des prestations complémentaires. Et la classe moyenne? Quand on sait que tous les élèves du cycle d’orientation reçoivent des bons pour effectuer gratuitement un contrôle dentaire et, si nécessaire, des radiographies, mais que seuls 3% (!) de ces bons sont utilisés, on peut douter d’un réel besoin de prise en charge des frais dentaires. Enfin, un système de dépistage et d’éducation à l’hygiène bucco-dentaire pour les enfants existe déjà: des contrôles sont organisés gratuitement dans toutes les écoles du canton, ce qui est une excellente chose, puisque 80% des problèmes de soins bucco-dentaires peuvent être évités grâce à la prévention.

Autre point gênant de cette initiative: il n’est pas démontré qu’une assurance dentaire améliore la santé bucco-dentaire d’une population. Ce pourrait même être le contraire. Dans les pays qui ont mis en place une telle assurance, la santé bucco-dentaire s’est détériorée, les patients se sentant déresponsabilisés et ayant tendance à abandonner l’hygiène de base, ce qui engendre des problèmes accrus. C’est ce qu’on appelle l’aléa moral. Etonnant, mais vrai.

Enfin, les sommes requises pour financer cette assurance seraient prélevées paritairement sur les salaires, quand bien même on peine à comprendre en quoi les entreprises devraient participer à un effort de santé bucco-dentaire. Pour les personnes qui ne travaillent pas, c’est l’Etat qui prendra en charge ces coûts. Les personnes qui travaillent et qui paient des impôts sont donc priées de passer deux fois à la caisse. S’il ne fallait retenir qu’un seul chiffre, ce serait celui-ci: cette assurance coûterait environ 900 francs par an et par personne. Ça en fait, des rendez-vous chez le dentiste…

 


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