Transition écologique: les entreprises montent au créneau

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Les grandes entreprises ont choisi de contre-attaquer, courtoisement mais fermement. Elles font partie de la société civile et ne veulent plus être uniquement perçues comme coupables à propos des problèmes bien réels de la planète.

Les questions de biodiversité et de changement climatique ne s’arrêtent pas aux portes des employeurs. Elles concernent tout le monde, c’est-à-dire la société civile dans sa diversité. Les entreprises en font intégralement partie. «Nous sommes devant un véritable changement culturel», explique Jacques Boschung, membre de la direction des CFF. Même si les trains helvétiques roulent grâce à 90% d’énergie renouvelable, avec un objectif de 100% en 2025, l’effort se porte également vers l’optimisation des trois mille cinq cents bâtiments dont les chemins de fer fédéraux sont propriétaires. L’entreprise y voit un signal envoyé à la collectivité. Du côté des barres de chocolat et de l’eau minérale, on sent un soupçon d’énervement. «L’industrie fait partie de la solution», assène Paul Bulke, à la tête de Nestlé. «Elle prend sa part à la prise de conscience des gens, c’est-à-dire de ses clients. C’est un processus tout à fait sain.» Le géant réduit constamment son impact sur les forêts, ses laboratoires travaillent sur de nouveaux emballages. Vu de Vevey, l’innovation écologique peut être à la fois bonne pour les affaires et la population, mais il serait «inutile de crier et de taper sur la table».

Au rayon lessive, Procter & Gamble promet que l’on ne trouvera plus aucun de ses paquets dans l’océan en 2030. Du reste, son nouveau polypropylène intéresse au plus haut point l’industrie alimentaire, signe que le problème est désormais abordé de façon transversale. «Chacune de nos marques a un message à faire concrètement, passer. Nous toucherons ainsi près de cinq milliards d’utilisateurs», calcule Virginie Helias, en charge du dossier soutenabilité.

Belle histoire

L’histoire économique est peut-être aussi une forme de durabilité. C’est la perspective discrètement esquissée chez Firmenich, qui fêtera ses 125 ans l’année prochaine. Gilbert Ghostine, son PDG, est un adepte du capitalisme inclusif: collaborateurs, direction, actionnaires, clients, fournisseurs, tous sont partie prenante dans la mutation en cours, dont l’effet le plus visible sera de travailler avec 100% d’énergie renouvelable à la fin 2020 au sein de l’entreprise genevoise. André aime également l’histoire. Son grand-père était déjà très impliqué dans la protection de la nature. Incarnant la quatrième génération, il s’appelle Hoffmann et il occupe la fonction de vice-président de Roche. «L’actionnariat stable favorise les décisions concernant la durabilité, car elles s’inscrivent dans le long terme.» Chez le producteur pharmaceutique, on considère que les agendas des entreprises et des ONG sont complémentaires: il s’agit bien de création de valeur. Toutefois, l’enseignement du management serait à améliorer. L’idée est de ne plus se focaliser sur le terrain financier pour faire davantage de place à l’environnemental et au social.

Impulsion positive

Tous ces témoignages apportés le 9 mai au Forum des 100, à l’EPFL, sont aussi sous-tendus par la révolution numérique. Le digital est-il vraiment bon pour la planète? Urs Schaeppi se trouve en première ligne. Le CEO de Swisscom a compté vingt mille voitures totalement électriques en Suisse sur quatre millions de véhicules: ce n’est pas beaucoup. En revanche, les réseaux concernent tout le monde en termes de communication et d’efficience dans les processus. «Le numérique peut donner une impulsion positive dans la transition actuelle.» L’opérateur estime que l’utilisation optimale de la technologie permet des économies de CO2 qui dépassent ses propres émissions tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

On l’a connu à la tête de la Banque nationale suisse, Philipp Hildebrand est désormais vice-président de BlackRock, un énorme fond d’investissement. Selon lui, les fonds souverains, les caisses de pension, les énormes réserves des banques centrales «constituent un pool d’actifs qui pourrait être leader dans la transition». La méthode des gestionnaires s’est affinée: il ne suffit plus d’écarter de son portefeuille tel ou tel gros pollueur, il faut savoir déceler les entreprises qui ont un réel attrait financier, justement parce qu’elles sont entrées dans la mutation. «Il peut s’agir de moyen et de long terme.» Signe des temps, la Banque d’Angleterre organise des stress tests pour savoir si les banquiers du royaume sont engagés dans des investissements risqués du point de vue climatique.


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