Turbulences en Allemagne, stabilité en Suisse

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Pierre Cormon
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Le réseau d’électricité allemand a traversé une phase critique en juin dernier, peut-être à cause du comportement indélicat de certains gestionnaires de centrales. Un scénario jugé peu probable en Suisse.

Le réseau d’électricité allemand a été sérieusement déstabilisé pendant trois jours, en juin dernier. Une situation qui, si elle n’avait pas été contenue, aurait pu se propager en Europe: les réseaux électriques du continent sont en effet étroitement interconnectés, de la Baltique à la Turquie. La Suisse se serait alors retrouvée en première ligne.

Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut avoir en tête un principe de base des réseaux électriques: à un moment donné, la quantité d’électricité produite doit être égale à la quantité consommée. Si ce n’est pas le cas, la fréquence augmente ou diminue et met en difficulté le réseau. Dans les cas extrêmes, il risque l’effondrement.

Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut avoir en tête un principe de base des réseaux électriques: à un moment donné, la quantité d’électricité produite doit être égale à la quantité consommée. Si ce n’est pas le cas, la fréquence augmente ou diminue et met en difficulté le réseau. Dans les cas extrêmes, il risque l’effondrement.

Que se passe-t-il si, à un moment donné, la production ne suit pas la consommation? Les gestionnaires du réseau font appel à ce que l’on nomme des capacités de réserve: des producteurs d’électricité se tiennent prêts à diminuer leur production ou à injecter du courant dans le réseau en cas de besoin, pour corriger les déséquilibres. Ils peuvent réagir en quelques secondes ou en quelques minutes, selon les cas.

Enchères

En Allemagne, ce système est organisé par les quatre gestionnaires du réseau d’électricité se partageant le territoire. Ils évaluent quelles sont les capacités de réserve dont ils auront besoin pour faire face à des imprévus et mettent ces capacités aux enchères, par tranches. Les fournisseurs qui proposent le prix plus le plus bas pour se tenir prêts à injecter une quantité donnée d’énergie dans le réseau emportent le marché.

«Le problème, c’est que l’on peut tricher, par exemple proposer une prestation qu’on n’est pas en mesure de fournir physiquement», remarque l’hebdomadaire allemand Wirtschaftswoche dans un article fouillé sur le sujet. Car l’électricité peut aussi être vendue à la bourse de l’électricité. Les prix y varient de seconde en seconde. S’ils sont élevés, un fournisseur peut être tenté de vendre de l’électricité produite avec les capacités qu’il s’est engagé à tenir en réserve, en misant sur le fait que le gestionnaire de réseau ne fera pas appel à lui. Si cela se produit malgré tout? Le fournisseur risque une amende. Selon les cas, elle peut être plus basse que le prix auquel il a vendu son électricité, rapporte stanla Wirtschaftswoche. Financièrement, il y gagne donc malgré tout.

C’est ce qui s’est produit en juin dernier. Comme la quantité d’électricité consommée a dépassé la quantité d’électricité produite, les gestionnaires du réseau ont fait appel à des capacités de réserve pour rétablir l’équilibre. Mais celles-ci avaient déjà été utilisées pour produire du courant vendu à bon prix à d’autres clients. Si les causes exactes de la crise n’ont pas encore été élucidées, il n’est pas exclu que ce problème l’ait déclenchée. «La fréquence du réseau a dangereusement chuté et les gestionnaires du réseau ont acheté fébrilement du courant à l’étranger pour assurer l’approvisionnement», raconte la Wirtschaftswoche.

Et en Suisse?

Un épisode similaire pourrait-il se produire en Suisse? «Comme on ne connaît pas encore exactement ses causes, il est difficile de répondre de manière tranchée », juge Michael Bhend, chef de la section réseaux et Europe d’ElCom, l’organisme indépendant chargé de réguler le marché de l’électricité en Suisse. «Si le problème vient de capacités de réserve indisponibles, je dirais que le risque est très faible.» La Suisse dispose en effet de deux garde-fous qui limitent la tentation d’utiliser des capacités de réserve pour vendre de l’électricité à un autre acteur. Premièrement, on rémunère les fournisseurs de capacités de réserve secondaires1, les plus importantes, en fonction de la puissance mise à disposition et de l’électricité effectivement fournie. «Le prix de cette dernière est indexé sur celui de la bourse à l’électricité, auquel on rajoute 20%», explique Serge Wisselmann, responsable de l’équipe en charge de l’approvisionnement en énergie de réglage chez Swissgrid, la société qui gère le réseau de transport d’électricité en Suisse. Vendre de l’électricité à la bourse ne peut donc pas être plus avantageux que la fournir dans le cadre des capacités de réserve.

Deuxièmement, pour participer à ce marché, les producteurs doivent fournir des signaux à Swissgrid, qui permettent à cet organisme de surveiller leur activité et de détecter une éventuelle utilisation non conforme des capacités de réserve. «Quatre personnes sont en charge de préqualifier les prestataires, et à ce titre d’organiser toutes les données permettant de contrôler les services approvisionnés », précise Serge Wisselmann. Une tricherie risquerait donc d’être détectée.

«Le réseau suisse est très stable depuis une dizaine d’années», conclut Michael Bhend. «Les acteurs du marché n’ont économiquement pas intérêt à le déséquilibrer. Mais il s’agit d’un système trop complexe et trop dynamique pour exclure des problèmes à l’avenir, même si nous avons pris un maximum de mesures pour que cela ne se produise pas.»


On distingue les capacités de réserve primaires, secondaires et tertiaires, selon l’ordre auquel on fait appel à elles et la rapidité avec laquelle elles entrent en jeu en cas de besoin.


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