Un virus peut tout chambouler

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Blaise Matthey

Les prévisions économiques pour la Suisse sont plutôt bonnes en ce début d’année, malgré les tensions commerciales récurrentes entre la Chine et les Etats-Unis et la concrétisation du Brexit, pour ne citer que deux exemples bien connus.

Cela jusqu’à ce qu’un virus venu de Chine nous rappelle la fragilité de notre monde et ne remette en cause les augures. Son impact économique risque d’être bien supérieur à toutes les querelles entre grandes puissances par le gel potentiel des échanges de personnes, de biens et de services qui en découleront. Quant à son impact sur la population, il est incertain. Il faut espérer qu’il soit limité, comme cela a été le cas pour les précédentes épidémies. En l’état, il est cependant moindre que celui des conflits, de la faim ou de la grippe saisonnière, mais on ne peut s’empêcher d’avoir des appréhensions.

Dans un monde où le contrôle de tout sur tout ne fait que s’accentuer grâce aux moyens technologiques, qui sont d’ailleurs utilisés pour contenir le virus, l’expansion de ce dernier nous rappelle que nous sommes fragiles et qu’il faut accepter l’imprévu et l’inconnu. Ce sont eux qui stimulent l’innovation. Sans une épidémie, il n’y aurait aucune raison d’imaginer de nouveaux modes de combattre les maladies et de leur consacrer des ressources. Nous en sommes de moins en moins conscients et, surtout, nous sommes de moins en moins prêts à l’accepter. La frilosité gagne les vaccins, remis en cause par une minorité de la population, alors même qu’on les attend le plus vite possible pour combattre le coronavirus et qu’ils ont permis d’éradiquer la variole. Le doute entoure le génie génétique autant que la 5G, quand bien même leur apport peut être déterminant pour la population, ce qui n’empêche pas de rester vigilant et d’accompagner leur développement.

Il ne s’agit pas de remettre en question le principe de précaution, mais de se demander si celui-ci ne se mue pas en principe de stratification. Le retour aux identités qui gagne le monde en est une illustration. Il s’exprime notamment par le fanatisme religieux ou par un nationalisme exacerbé. Pourtant, la course à la connexion, à la mutualisation des connaissances et à l’interopérabilité ne va pas cesser. Elle est appuyée par le fulgurant développement des algorithmes qui déclasse les réponses identitaires à court, à moyen ou à long terme, faute de correspondre à la réalité et aux besoins. Le virus qui se répand nous rappelle que la fermeture des frontières ne peut être qu’une réponse partielle et temporelle aux dangers. Elle est au demeurant relative puisque coordonnée au plan international, le temps que des équipes pluridisciplinaires élaborent un vaccin. Plus que jamais, face à l’inconnu, les progrès ne pourront se réaliser entre quatre murs, mais de manière concertée et réfléchie.