Vers des soins médicaux au rabais

12 mai 2017  | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : KAMPFEN, Véronique
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Swisscom a annoncé que 15 minutes de soutien technique dans un de leurs magasins coûteront 40 francs. Sous «soutien technique», il faut comprendre l’aide à faire des mises à jour sur un téléphone portable ou à configurer une application. C’est donc au tarif de 160 francs de l’heure que vous serez servis.

Alain Berset, conseiller fédéral en charge de la santé, a annoncé vouloir réduire le tarif de remboursement des prestations des médecins au 1er janvier 2018. Ainsi, une opération de tunnel carpien, par exemple, sera remboursée 40 francs au chirurgien, quel que soit le temps qu’il y passe.

Le vendeur de chez Swisscom est probablement au bénéfice d’un CFC et a suivi une formation en interne pour pouvoir répondre aux demandes de ses clients. Ce qui représente environ 4 ans de formation après l’école obligatoire. Le médecin est au bénéfice d’un master en médecine auquel s’ajoutent plusieurs années de spécialisation dans son domaine.

Il a donc environ 15 ans d’études au compteur après l’école obligatoire pour pouvoir traiter ses patients. L’implication au niveau personnel est lourde – les médecins vivent d’ailleurs significativement moins longtemps que le reste de la population en raison du stress qu’ils endurent –, ainsi que la prise de responsabilité et les risques encourus.

Il est vrai que comparaison n’est pas raison. Mais on peut légitimement se demander ce qui passe par la tête de nos élus. Le jour où un geste chirurgical ne sera plus rétribué à sa juste valeur (et 40 francs n’est pas une juste valeur), les médecins refuseront de le pratiquer en raison du principe d’économicité si cher à Alain Berset. Si le prix d’une opération ne couvre même plus le salaire de l’infirmière qui assiste le médecin, il est évident que cette intervention ne sera plus pratiquée.

Les patients seront obligés de se tourner vers les hôpitaux publics, qui sont aujourd’hui déjà submergés par les demandes. Les listes d’attente s’allongeront, la santé des patients empirera d’autant et les frais augmenteront fatalement, une prise en charge rapide et adéquate étant le meilleur moyen pour contenir les coûts médicaux et les coûts économiques et sociaux liés par exemple à la durée de l’absence du lieu de travail.

On va amplifier le phénomène de la médecine à deux vitesses. Les patients ayant les moyens de payer les médecins au-delà du tarif convenu ne se priveront certainement pas de le faire, et les autres iront poireauter dans les établissements de l’Etat. La profession de médecin deviendra de moins en moins attrayante pour nos jeunes et la pénurie de médecins d’ores et déjà annoncée se renforcera. Bonne idée, M. Berset! La Suisse a jusqu’à présent pu être légitimement fière de la qualité de ses soins. Grâce à vos propositions, les choses vont rapidement changer. Dans le mauvais sens.


 


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