Une mine d'informations pour les entreprises

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Jade Albasini
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Un grand nombre de contenus en ligne ne sont pas automatiquement indexés par les moteurs de recherche. Cette face cachée d'internet, appelée web invisible, constitue une importante source de renseignements.

Il existe une partie d'internet dont la plupart des utilisateurs ne soupçonne pas l'existence: le web dit "invisible", deep web en anglais. Ce terme fait référence à toutes les pages qui ne sont pas automatiquement indexées par les moteurs de recherche. Elles se trouvent par exemple à l'intérieur de banques de données gratuites, de sites accessibles uniquement par abonnement, d'archives ou d'autres contenus au format incompatible avec Google. La dernière étude sur le sujet, réalisée en 2001, estimait que la taille du web invisible était cinq cents fois supérieure à celle du web visible. "Avec l'explosion des réseaux sociaux et de la quantité de données publiées depuis, le web visible a gagné en importance, mais il est vrai que les ressources dites cachées restent immenses", explique Béatrice Foenix-Riou, auteure de l'ouvrage Recherche éveillée sur internet: mode d'emploi.

Cette face discrète de la Toile comprend principalement des informations grises, soit licites, mais difficiles d'accès pour les internautes lambda. À ne pas confondre avec les informations noires. «Il ne faut pas faire l'amalgame avec le darknet, qui est le terrain des activités illégales, comme la vente de drogue grâce à des services cryptés», insiste Stéphane Koch, conseiller en stratégie digitale et sécurité de l'information. Le web invisible offre des données privées ou publiques mises en ligne par un administrateur sur internet à un moment donné. "Vous n'y trouverez aucun renseignement secret, cela n'a rien à voir avec du piratage. En revanche, vous découvrirez des fichiers scientifiques inédits ou vous aurez accès, par exemple, à l'ensemble des datas de Wikileaks."

Identifier des risques

Seul bémol: pour lire ces contenus, il faut acquérir certaines compétences techniques. En Suisse, la Haute école de gestion (HEG) de Genève a ainsi créé un module centré sur les méthodes de recherche sur le web invisible dans le cadre du Diploma of Advanced Studies (DAS) en Intelligence économique et veille stratégique.

Depuis quelques années, la Suisse romande voit également apparaître un certain nombre de cabinets d'experts en intelligence économique qui utilisent cette ressource, un phénomène déjà largement répandu en France et en Angleterre. L'un de ces nouveaux venus, Geneva Intelligence, sonde le web invisible pour les PME de la région depuis une année et demie, avec pour mission de collecter et de traiter des informations difficiles d'accès. "Nous avons effectué dernièrement des recherches sur le partenaire d'affaire potentiel de l'un de nos clients», raconte Lorille Alger, chef de projet senior au sein du cabinet. Rien n'est apparu sur le web visible, mais, en revanche, grâce aux bases de données spécialisées, nous avons pu identifier un risque majeur." Une recherche fructueuse demande des compétences spécifiques et du temps. "Du moment que la source est définie, il est plus aisé d'aller pêcher telle ou telle donnée", poursuit le spécialiste.

"Grâce à nos ressources et à notre expérience, nous avons accès à des informations privilégiées."

Gisement sous-exploitée

En d'autres termes, fouiller le web invisible est devenu un moyen indispensable pour effectuer une veille stratégique complète. Que ce soit pour une étude de marché, pour creuser une enquête, pour mieux connaître ses concurrents ou pour définir le lancement d'un brevet, le contenu caché permet de maîtriser et d'exploiter de nombreuses informations. "En Suisse, les entrepreneurs ne se rendent pas toujours compte que toutes les données externes sont utiles, car elles permettent de s'adapter en temps réel à l'environnement, de saisir toutes les facettes de son marché ainsi que les changements de législation", explique Hélène Madinier, responsable du DAS en Intelligence économique et veille stratégique à la HEG de Genève.

Selon elle, toutes les entreprises, quel que soit leur secteur d'activité, ont intérêt à puiser dans le contenu invisible pour développer un avantage compétitif. "Un responsable qualité et stratégie dans l'horlogerie suisse m'a raconté dernièrement avoir trouvé sur le web invisible près de trente mille sources anglo-saxonnes spécialisées dans son domaine d'activité", poursuit Hélène Madinier. "Il a découvert par exemple une méthode pour réduire de douze à quatre minutes le temps de production de l'une des pièces fabriquées par son entreprise."

Béatrice Foenix-Riou abonde dans le même sens. "Google nous fait faussement penser que la totalité des données est disponible en ligne. Mais il y a de vrais gisements non exploités sur le web invisible et les entreprises devraient y être davantage sensibilisées."



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