La loi sur l’énergie, une chance pour la Suisse

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : CORMON, Pierre
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Le premier volet de la Stratégie énergétique 2050, sur lequel nous voterons le 21 mai, permettra de stimuler l’innovation et l’économie intérieure, tout en diminuant notre dépendance aux énergies fossiles.

A quoi ressemblera notre politique énergétique dans les décennies à venir? C’est ce que les Suisses devront décider le 21 mai. La révision de la loi sur l’énergie, qui constitue le premier volet de la Stratégie énergétique 2050, a en effet été attaquée en référendum. Elle repose sur trois grands axes.

  • Plus aucune centrale nucléaire ne pourra être construite en Suisse. Les centrales existantes pourront en revanche continuer à être exploitées tant qu’elles sont jugées sûres.
  • La consommation d’énergie et d’électricité devra baisser, notamment grâce à des mesures d’encouragement à l’assainissement des bâtiments et à des normes plus strictes pour la consommation des appareils électriques et des véhicules.
  • Les énergies renouvelables, et notamment l’électricité d’origine solaire, éolienne et hydraulique, seront plus largement soutenues qu’aujourd’hui. Cette nouvelle politique mérite d’être défendue, pour plusieurs raisons.

1. Elle crée des outils pour limiter notre dépendance aux énergies fossiles

A l’heure actuelle, deux tiers de la consommation d’énergie finale en Suisse sont assurés par les énergies fossiles (produits pétroliers, gaz). C’est insatisfaisant. Premièrement, ces produits proviennent en grande partie de pays géopolitiquement instables (Russie, Libye, Kazakhstan, etc.). Cela fait peser un risque sur notre approvisionnement. Deuxièmement, le cours de ces énergies varie fortement, ce qui est difficile à gérer. Troisièmement, elles sont de grandes émettrices de CO2 et contribuent au réchauffement climatique. Le premier volet de la Stratégie énergétique 2050 dotera la Suisse d’outils pour limiter sa dépendance à ces énergies, en favorisant la réduction de la consommation et les nouvelles énergies renouvelables.

2. L’argent et le travail resteront en Suisse

En 2016, la Suisse a dépensé quatre milliards de francs à l’étranger pour y acquérir des énergies fossiles (pétrole, gaz). C’est autant de perdu pour l’économie nationale. La Stratégie énergétique veut remplacer une partie de ces importations par des nouvelles énergies renouvelables et des mesures d’assainissement. Cela permettra de créer des sources de revenus et de travail en Suisse, plutôt que de dépenser de l’argent à l’étranger. C’est en Suisse que seront installés les panneaux photovoltaïques, que seront réalisés les travaux d’assainissement et ce sont les entreprises et les travailleurs locaux qui en profiteront.

3. Elle favorisera l’innovation

Elle favorisera l’innovation Donner une place croissante aux nouvelles énergies renouvelables (solaire, éolien, etc.) exige de relever de nombreux défis de nature technique. C’est par exemple le cas de ceux liés à l’électricité éolienne et solaire ainsi qu’à la mise en place de réseaux intelligents (smart grids), qui ne se contentent plus d’acheminer l’électricité des producteurs aux consommateurs, mais qui cherchent à optimiser l’offre et la demande en temps réel, grâce aux technologies de l’information.

Or, la Suisse est très bien placée pour tirer profit de ces défis. Elle possède en effet des compétences très pointues dans le domaine de l’énergie et des technologies de l’information, grâce à ses entreprises et à ses hautes écoles (EPFL, ABB, start-up du domaine de l’énergie, etc.) La Loi sur l’énergie permettra de stimuler les efforts d’innovation au sein de ces entités et de développer le pôle d’excellence suisse en matière énergétique.

4. Elle est plus durable

Si l’on ne développe pas résolument les nouvelles énergies renouvelables, la Suisse sera contrainte d’importer du courant de l’étranger, qui ne sera pas forcément produit de manière durable. Si l’on n’aide pas les centrales hydroélectriques, qui produisent un courant renouvelable et sans émission de CO2, il sera difficile de continuer à les exploiter à long terme. Si l’on ne poursuit pas et n’accentue pas nos efforts pour limiter notre consommation, il n’y aura pas moyen de la faire reposer sur une production durable. Si l’on ne laisse pas les centrales nucléaires fonctionner tant qu’elles sont sûres, il sera impossible de remplacer leur production à temps par de l’électricité neutre pour le climat. Tout est donc lié et la loi sur l’énergie met en place un cadre permettant de concilier au mieux les intérêts de l’économie et ceux de l’environnement.



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