Mutations technologiques: indispensables réflexions sociales

17 février 2017  | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : MATTHEY Blaise
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La question de la mutation technologique de notre société suscite des interrogations dans tous les milieux. Elle crée de nouvelles lignes de démarcation entre les générations et efface les clivages politiques classiques. Pour les uns, c’est l’épouvantail, pour les autres, la voie vers de nouvelles possibilités. Sur un point, tout le monde s’accorde: la révolution est en marche, elle a un impact sur nous et ne va pas cesser d’en avoir. S’y opposer relève de la chimère, car nous en sommes devenus les acteurs. Plus qu’en raison d’une mutation des rapports entre employeurs et employés, la relation classique du travail risque de disparaître dans toute une série de domaines, faute de champ d’activité. Face à ce constat, certains suggèrent de doter les robots de la personnalité juridique et d’en faire des sujets de droit.

Aussi intéressante soit-elle intellectuellement, l’opportunité d’une telle création est loin d’être évidente. Avant tout, plusieurs facteurs doivent être pris en compte et mesurés, à commencer par l’ampleur de la mise à l’écart d’une partie de la société du marché de l’emploi, avec ses implications sociales et financières. Personne ne peut prédire très précisément par quoi les emplois disparus seraient remplacés, et si ceux qui verraient leurs jobs disparaître pourraient y avoir accès et à quelles conditions. La matrice la plus couramment utilisée indique, sans surprise, que les emplois les plus menacés sont ceux dont le degré de qualification est faible et qui ont un caractère répétitif.

Les fonctions impliquant une forte composante sociale, ainsi que de l’interaction avec la machine, ont en revanche de l’avenir, surtout dans une société vieillissante. Il reste qu’il faudra financer une bonne partie de ces nouveaux emplois, soit parce qu’ils impliqueront une qualification différente, soit parce qu’ils relèveront directement ou indirectement de la collectivité et que, faute d’une masse d’impôts et de cotisations sociales adéquates, leur financement sera insuffisant.

C’est dans ce contexte qu’il est envisagé de taxer l’intelligence artificielle, idée séduisante, mais pour le moins difficile à mettre en oeuvre en pratique. Dans une société comme la nôtre, où la compétitivité est fondée sur l’innovation, laquelle finance précisément les mesures d’aide et d’adaptation de la population à l’évolution numérique, le plus dangereux serait de l’amoindrir.

S’il s’agit en revanche de faire évoluer la fiscalité, d’en supprimer une partie pour la remplacer dans le futur par une autre plus adaptée à la réalité technologique, économique et sociale, pourquoi ne pas accepter un tel dialogue? L’innovation n’est pas que numérique, elle est aussi sociale.


 


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